Vendredi matin, un communiqué de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonce qu’un cas d’Ebola a été confirmé au Congo. Vendredi après-midi, la plupart des médias font état d’une « épidémie » d’Ebola. Une confusion dans les termes, doublée d’une mauvaise traduction, constate le Détecteur de rumeurs.

Les faits

Vendredi matin, 12 mai, l’alerte est lancée par un tweet de l’OMS. Celui-ci annonce, en anglais :

Le 11 mai 2017, le ministère de la Santé de la République démocratique du Congo a prévenu l’OMS et ses partenaires d’un cas confirmé en laboratoire d’Ebola.

Dans les heures qui suivent, un premier communiqué de l’OMS fait état de l’existence, dans la province du Bas-Uélé, de quelques cas suspects de fièvre hémorragique, le symptôme typique du virus Ebola. On précise que cinq échantillons ont fait l’objet d’une analyse en laboratoire, dont un s’est avéré positif — c’est « le cas confirmé » d’Ebola.

Or, ni dans ce tweet, ni dans ce premier communiqué, l’OMS ne parle d’épidémie. Le mot employé en anglais, beaucoup moins alarmant, est « outbreak » : la version française du communiqué de l’OMS l’a traduit par « flambée ». C’est plutôt une dépêche de l’Agence France-Presse, dans la matinée de vendredi, qui mentionne pour la première fois le mot « épidémie » — et parce que ce média est une agence de presse, le mot s’est retrouvé du coup dans des centaines de médias, en anglais et en français.

Confusion et mauvaise traduction

Le mot anglais « outbreak » n’a pas d’équivalent précis en français (au contraire de « epidemic »). Les dictionnaires proposent éclosion, déclenchement, début, éruption ou flambée.  

Médicalement, un seul cas d’une maladie infectieuse peut justifier le terme « outbreak ». Par contre, on ne parle d’une « épidémie » que lorsque la maladie « se répand rapidement et affecte beaucoup d’individus en même temps » (dictionnaire Merriam Webster) ou lorsque « l’occurrence excède largement les attentes normales » (Dictionary of Epidemiology). C’était le cas d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014-2016 qui a fait 11 000 morts. C’était aussi le cas du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui avait commencé comme un « outbreak » en Asie pour ensuite infecter 8000 personnes dans une vingtaine de pays en 2003, et en tuer 774.

On parle d’une pandémie lorsque l’épidémie se répand à l’échelle mondiale. Le sida a eu le statut de pandémie. La grippe espagnole, qui a tué 40 millions de personnes en 1918, en était aussi une.

Aux États-Unis, le Centre de contrôle des maladies (CDC) a un critère statistique pour distinguer une éclosion de grippe d’une épidémie de grippe : si le pourcentage de décès dépasse 7,7 % des gens touchés. Le CDC précise toutefois que ce critère peut être amené à changer si les circonstances le justifient.

Ebola au Congo : en attente d’informations

En date du 14 mai, il y avait 19 cas « suspects » d’Ebola au Congo — le plus ancien a été signalé le 22 avril — dont trois décès, et deux étaient officiellement attribués à Ebola : cela correspond à la définition d’une éclosion (outbreak), et non d’une épidémie.  

Le Congo a connu huit éclosions d’Ebola depuis 1976. La plus récente est survenue en 2014 : au moment même où trois pays d’Afrique de l’Ouest se battaient, eux, contre une véritable épidémie d’Ebola, le Congo parvenait à contenir la propagation du virus. Entre août et novembre 2014, il y a eu sur son territoire un total de 66 cas et 49 décès. L’OMS n’a jamais eu à décréter le statut d’épidémie. Les experts de l’OMS soulignaient cette fin de semaine l’expérience du Congo en la matière, qui pourrait le servir cette fois-ci.