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Les "clones" du Soleil

Robert Lamontagne, le 26 février 2007, 16h40

Un des champs d'études en astrobiologie est la recherche d'étoiles semblables à notre Soleil. La raison est toute simple: puisque les seules formes de vie connues dans l'Univers sont apparues sur une planète - la Terre - en orbite autour d'une étoile banale - le Soleil, il est raisonnable de croire que la vie pourrait apparaître sur une autre planète de type terrestre en orbite autour d'une étoile autre de type solaire. Comme c'est souvent le cas, les détails sont plus compliqués qu'il n'y paraît à première vue. Ainsi, qu'est-ce qui caractérise vraiment une étoile de type solaire ? Existe-t-il des "copies conformes" de notre étoile ailleurs dans la galaxie ?

La découverte d'un éventuel clone du Soleil offre aussi en prime la possibilité de mieux comprendre notre étoile en ayant un point de comparaison externe.

On connaît depuis longtemps l'existence de milliers d'étoiles qui s'apparentent au Soleil; elles ont à peu près la même masse, la même luminosité, la même composition chimique, et le même âge. Cependant, "à peu près" ne signifie pas "identique"...!

Grâce à des observatoires solaires au sol et en orbite, le Soleil est une étoile étudiée avec une minutie sans précédent depuis environ 30 ans. Ces observations montrent que le Soleil n'est pas aussi stable qu'il y paraît. La luminosité du Soleil, et donc la quantité d'énergie reçue à la surface de la Terre, varie d'environ 0.1% en fonction du cycle solaire d'une durée d'environ 10-11 ans. Ces observations soulèvent quelques questions telles "L'amplitude des variations de luminosité (0.1%) est-elle constante sur des périodes de plusieurs siècles ou millénaires ?", ou encore "Existe-t-il des étoiles dont la luminosité varie de la même façon que celle du Soleil ?", etc.

Comme on peut s'en douter, les réponses à ces questions exigent des observations détaillées et prolongées de centaines d'étoiles ressemblant à notre Soleil. Ce genre projet n'est pas simple à coordonner et à mener à terme. Il faut beaucoup de patience !

Récemment, deux équipes de chercheurs ont annoncé les résultats de leurs travaux entamés il y a plus de 10 ans. Dans un premier temps, Mark Giampapa (Observatoire de Kitt Peak en Arizona) et son équipe ont publié une étude spectroscopique des étoiles de l'amas globulaire M67. Cet amas renferme des dizaines d'étoiles dont la masse, la luminosité, la composition chimique, et l'âge sont presqu'identiques aux propriétés physiques de notre Soleil. Les observations du groupe de Giampapa révèlent qu'environ 20% - 30% des étoiles de type solaire de l'amas montrent une activité chromosphérique (donc des variations de luminosité) inférieure ou supérieure à celle observée pour le Soleil au cours de son cycle de 11 ans. De plus, les observations indiquent que la luminosité des "soleils de M67" varie sur des périodes de plusieurs années, un peu à la manière de celle du Soleil pendant son cycle de 11 ans. Une des conclusions que l'on peut tirer de cette recherche est que la "stabilité" des variations lumineuses du Soleil n'est probablement pas constante sur des périodes de milliers d'années. Il est donc possible que notre étoile ait été et devienne plus lumineuse (ou moins lumineuse) au cours du temps. Cette conclusion a des répercussions importantes sur les changements climatiques passés et futurs associés à l'activité solaire.

L'autre étude est celle d'une équipe d'astronomes de l'observatoire Lowell en Arizona et de l'université du Tennessee. Dans ce cas, les chercheurs rapportent l'identification d'un véritable clone du Soleil - une étoile connue sous le nom de HD146233 ou 18 Scorpii. Cette étoile montre des variations de luminosité de 0.09% sur un cycle d'environ 7 ans (rappel: la luminosité du Soleil varie de 0.1% sur une période de 11 ans). La précision des observations est suffisante pour conclure que le comportement de 18 Scorpii est donc presqu'identique à celui du Soleil. L'équipe de chercheurs poursuit ses travaux d'observations sur d'autres étoiles semblables à 18 Scorpii (et au Soleil) mais qui semblent varier peu ou pas du tout, un peu comme ce qui s'est produit avec notre Soleil pendant ce que l'on a appelé "le petit âge glaciaire"
au milieu du 17ième siècle. Les chercheurs espèrent ainsi mieux comprendre le cycle d'activité des étoiles de type solaire et la fréquence de ces périodes d'activité réduite.

6 commentaires

Portrait de Robert Lamontagne

De plus, les modèles évolutifs des étoiles de type naine rouge montrent que celles-ci deviennent plus chaudes au fur et à mesure que le temps passe. Il est donc raisonnable d'imaginer que d'éventuelles planètes sur des orbites plus lointaines autour de ces naines rouges deviendraient potentiellement plus propices à l'éclosion de la vie(similaire à celle sur Terre ?). Parce ce qu'elles sont plus loin de leur étoile, la rotation de ces planètes ne serait pas synchronisée avec sa révolution. Donc le problème soulevé par Yvan ne se poserait pas.

Évidemment, l'évolution (et donc le réchauffement) des naines rouges est très très lente. L'hypothèse que je propose ne se concrétisera pas avant très longtemps; on estime qu'il faudra attendre 500 fois l'âge actuel de l'Univers (14 milliards d'années) avant que les naines rouges atteignent ce stade de leur évolution.

Puisque ces étoiles sont beaucoup plus nombreuses que les autres, on peut donc probablement affirmer que la majorité de l'activité biologique de l'Univers reste à venir !

Portrait de Yvan Dutil

Le problème avec les naines rouges est qu'elles présentent souvent une forte activité solaire. On s'attend donc à des sursauts UV et X importants. Cependant, les derniers modèles semblent indiquer que ce n'est pas un problème. D'autre part, dans l'écosphère d'une naine rouge, une planète verrait sa rotation stoppée par les forces de marée. Encore, une fois on a montré que ce ne serait pas trop un problème, car la circulation atmosphérique serait suffisante pour distribuer la chaleur sur toute la planète.

Portrait de Monsieur Isque

La plupart des étoiles de l'Univers sont des étoiles de type naines rouges, plus froides et moins massives que le Soleil mais "vivant" beaucoup plus longtemps. On serait tenté d'y voir un grand potentiel de zones habitables. J'ai lu une fois une remarque succincte dans la revue "Ciel & Espace" que ces étoiles étaient probablement peu propices à la vie (telles que nous l'envisageons) car, me semble-t-il, une planète doit être très proche de l'étoile pour connaître des températures clémentes et donc subir de forts rayonnements biologiquement délétères. Qu'en est-il ? Ce raisonnement est-il trop centré sur le modèle terrestre pas forcément universel ?

Portrait de Robert Lamontagne

Attention, je n'ai pas dit que les planètes se formaient uniquement au voisinnage des étoiles de type solaire (type G). Les observations des quelques 210 planètes extrasolaires connues à ce jour le démontrent bien. Cependant, compte tenu de ce que nous connaissons de la vie, de son origine, et de son évolution (bien peu en fait), il est souhaitable de rechercher des planètes en orbite autour d'étoiles le plus semblable possible à notre Soleil.

Pour l'instant, nous ne disposons pas des instruments capables de détecter et d'analyser la lumière (donc la composition chimique) d'éventuelles planètes de type terrestre situées dans la zone d'habitabilité d'autres étoiles.

Autre point sur lequel il faut être prudent. Puisqu'à ce jour, nous n'avons pas encore détecté de vie ailleurs que sur la Terre (même ailleurs dans le système solaire), il est prématuré d'affirmer que le "démarrage de la vie soit facile" ou que "la vie n'est pas une exception". Les observations sur l'origine de la vie terrestre semblent l'indiquer, mais l'affirmation demeure un "acte de foi" jusqu'à ce qu'on découvre un 2ième exemple de vie ailleurs dans l'Univers.

Finalement, il faut garder à l'esprit qu'il existe une énorme différence entre l'apparition de la vie et le développement de formes de vie multicellulaire complexes (des "gros animaux") éventuellement dotées d'intelligence.

Portrait de Olivier C. Pageau

Bravo pour l'article.

Je suis d'accord avec Stéphane dans ce qu'il dit et surtout lorsqu'il a parlé de zones habitables et de vie. Le truc est que la vie n'est pas une exception et une chance sur notre planète où il y a eu exceptionellement toutes les conditions. Tant qu'à moi, elle était inévitable et que les réactions chimiques qui l'ont amené peuvent bien se reproduire autour de n'importe quelle étoile...et peut-être pratiquement dans toutes les zones du système solaire où se trouve cette étoile.

Portrait de stephane dumas

Dans les dix dernières années, la découverte de plus de 180 exo-planètes autour d'étoiles différentes du Soleil, nous a montré que notre hypothèse de départ n'était pas valide : ça ne prends nécessairement une étoile de type G pour avoir des planètes.

Maintenant la question est, d'après moi, est-ce qu'il est possible de détecter des planètes dans les zones habitables de ces étoiles ?

Par ailleurs, nous savons aussi que la vie est facile à partir et difficile à détruire. La vie intelligente, c'est une autre histoire.

D'ailleurs, lors d'un congrès en 2004, le SETI a redéfinit ses cibles pour maintenant inclure des naines brunes et d'autres types d'étoiles suite aux découvertes des exoplanètes.

La question n'est pas "si on trouve de la vie ailleur ..." mais plutôt "quand nous allons trouver de la vie ailleur ..."