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COP21: sursaut d'intérêt médiatique pour l’environnement

Pascal Lapointe, le 30 novembre 2015, 0h08

Alors que les médias nous livrent depuis deux semaines une profusion de reportages permettant de mieux comprendre les enjeux climatiques, il faut espérer que ce ne soit pas qu’un feu de paille. Parce que l’environnement n’occupe pas une très grande place: en fait, il serait même en décroissance dans les médias du Québec et d’ailleurs.

COP21: sursaut d'intérêt médiatique pour l’environnement
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COP21: sursaut d'intérêt médiatique pour l’environnement

Dans le cas québécois, c’est ce que révélerait une recherche du professeur Sebastian Weissenberger, de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, dévoilée samedi dans Le Devoir. En gros, le nombre d’articles consacrés au climat dans les principaux quotidiens québécois décroît entre 2007 et 2014, sauf au Devoir.

En soi, pas de surprise. Au moins deux chercheurs américains, Max Boykoff et Robert Drulle suivent cette tendance aux États-Unis (le premier du côté des quotidiens, l’autre des nouvelles télévisées), et ils constatent la même chose depuis près d’une décennie : l’information sur les changements climatiques dans les médias américains a atteint un sommet vers 2006-2007, et n’a jamais cessé de décliner depuis (nous en parlions ici en 2011 et ici en 2010). Il y a eu un très bref regain d’intérêt autour de la conférence de Copenhague, en décembre 2009. Reste donc à voir si l'actuel regain d’intérêt autour de la conférence de Paris sera durable.

On connaît une des raisons de ce recul: ce n’est pas un sujet facile pour les médias parce qu’il n’évolue pas vite et que ses impacts ne sont pas tangibles. On a aussi mentionné de temps en temps une autre raison, moins noble : des intérêts économiques puissants ont fréquemment détourné le débat, au profit de groupes marginaux, dont les climatosceptiques.

On oublie généralement de mentionner une autre raison, tout aussi importante : s’il y a un seul journaliste scientifique dans un grand média, il ne peut pas tout couvrir à lui tout seul, avec l’environnement en plus. Et la plupart des grands médias n’ont même pas un seul journaliste scientifique à temps plein dans leur salle de rédaction...

C’est dans ce contexte qu’il faut lire les chiffres rassemblés par Le Devoir samedi dans un second article. Les nouvelles en environnement : 1,5% du total des informations. En comparaison, la cuisine : 5%. «Le thème vert se retrouve maintenant au 14e rang des préoccupations médiatiques au Québec.»

«C’est ce que, nous, on appelle une valeur baissière», explique Jean-François Dumas, fondateur d’Influence Communication, en fournissant les données. La firme de courtage en informations suit à la piste les productions médiatiques nationales et internationales... Le médiologue précise aussi que la couverture de l’environnement au Québec subit une baisse moindre (une nuance de quelques dixièmes de point) que dans le reste du Canada (1,46 %) ou du monde (1,33 %).

Blâmer les médias pour leurs choix de « cuisine » serait risqué. Car ces médias, ils ont besoin de sous, et ni l’environnement ni la science ne font vendre, semble-t-il —la fragilité des médias spécialisés en science ou en environnement en témoigne.

Quelles sont les pistes de solution qui ont été récemment évoquées? On en parle dans le prochain billet.