Semaine du 15 février 1999

En manchettes la semaine dernière:
Savez-vous planter des choux... transgéniques?

A lire également cette semaine:
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Panique transgénique

 

Les aliments transgéniques -ces aliments génétiquement modifiés- sont-ils là pour rester? En tout cas, voilà qu'en Grande-Bretagne, jamais on n'a été aussi près de les voir interdits. Une controverse qui risque de faire des petits.

 

Un pauvre chercheur ostracisé par l'establishment; une vilaine multinationale qui tente d'enterrer une recherche; un gouvernement sur la sellette... Tous les ingrédients d'un bon roman sont là.

Depuis la semaine dernière, les groupes écologistes britanniques et les associations de protection du consommateur sont sur les dents: ils réclament rien de moins qu'un moratoire sur toute recherche entourant les aliments transgéniques et en attendant, exigent que ces aliments soient immédiatement retirés des supermarchés. Les risques pour la santé sont trop grands, proclament-ils en s'appuyant sur de "nouvelles études".

Les supermarchés ont réitéré en fin de semaine leur intention de continuer à vendre ces produits, affirmant pour leur part que toutes les mesures pour garantir la sécurité du consommateur ont été prises depuis longtemps, et que cette "panique" soudaine est sans fondements.

Le point de départ de cette controverse se situe en août 1998, avec une déclaration à la télévision britannique du Dr Arpad Pusztai, 68 ans. Interrogé par l'animateur de l'émission World in Action, il affirme qu'une étude sur des rats, nourris pendant 10 jours de pommes de terre transgéniques, étude qu'il vient de compléter sous l'égide de l'Institut de recherche Rowett à Aberdeen (Ecosse), aurait permis de constater un affaiblissement du système immunitaire chez certains de ces animaux, ainsi qu'un mauvais développement du rein, de la rate et du cerveau.

Moins de 48 heures plus tard, le Dr Pusztai était suspendu par l'Institut, puis mis à la porte. Le Dr Pusztai, fut-il expliqué, avait mal interprété ses résultats et agi de façon irresponsable en exprimant ainsi son opinion sur la place publique. Qui plus est, il n'en était pas à sa première incartade: il avait déjà été accusé de fraude scientifique, et sa crédibilité était plus que chancelante.

Jusqu'à la semaine dernière: le 12 février, un groupe de 21 experts internationaux déposait en Grande-Bretagne un rapport appuyant les conclusions du Dr Pusztai. Les appels des écologistes et des groupes de consommateurs à un moratoire, appels qui n'avaient jamais vraiment cessé, étaient dès lors mis sur orbite. "Nous avons découvert que ses données tenaient la route", déclara à la BBC Vyvyan Howard, toxipathologiste à l'Université de Liverpool. "Je pense que le Dr Puztai avait raison." Il faudra appliquer à cette industrie les mêmes normes que nous appliquons à l'industrie pharmaceutique, ajoutaient ses collègues.

Dimanche, le Daily Mail enfonçait un clou de plus, en dévoilant que l'Institut Rowett avait reçu une subvention de 140 000 livres (près de 300 000$ US) de la compagnie Monsanto, un des chefs de file de l'industrie britannique (et mondiale) des aliments transgéniques. Monsanto était accusée par le quotidien d'avoir fait pression pour que le Dr Pusztai soit suspendu.

Sans suprise, dimanche soir, la BBC révélait que dans le cadre d'un sondage non-scientifique mené au cours de la fin de semaine, 10 392 personnes avaient appelé pour dire qu'ils ne mangeraient jamais de pommes de terre transgéniques -contre 280 qui accepteraient d'en manger.

Le gouvernement britannique déclarait dès vendredi qu'il était hors de question d'imposer pareil moratoire sur la recherche scientifique. Avant d'en arriver là, insistait le premier ministre travailliste Tony Blair, il faudrait s'assurer d'avoir des preuves scientifiques incontestables. La priorité devrait plutôt aller à l'imposition -réclamée depuis longtemps- d'un étiquetage des aliments transgéniques en vente dans les supermarchés. Les découvertes du Dr Pusztai, ajoutait le ministre de l'Agriculture, le Dr Jack Cunningham, sont de toutes façons très contestées.

Lundi matin, le sujet était encore à l'ordre du jour du premier ministre, talonné par l'Opposition qui l'accusait d'être à la solde des multinationales de la biotechnologie. Son attaché de presse se disait convaincu que le premier ministre "mange de la nourriture contenant des ingrédients modifiés génétiquement et qu'il n'a aucune inquiétude quant aux effets sur sa santé".

Sauf qu'entretemps, le débat ne s'était guère clarifié: on apprenait dimanche que les fameux 21 experts internationaux n'étaient pas si objectifs qu'ils en avait l'air: leur avis avait été commandé par l'organisation écologique Les Amis de la Terre! Quant au gouvernement, dévoilait le Daily Telegraph, il avait tenté de faire publier en fin de semaine, dans les journaux, un article écrit soi-disant "spontanément" par un expert en alimentation, mais en réalité commandé à cet expert par les relationnnistes du Parti travailliste.

"Les intérêts politiques et commerciaux obscurcissent la recherche de vérité", lançait le Telegraph. Un euphémisme.


Reportage de la BBC (12 février): avons-nous besoin d'aliments transgéniques


Depuis deux ans, l'Agence Science-Presse vous a souvent parlé de manipulations génétiques sous un angle social ou économique. Entre autres:

Savez-vous planter des choux... transgéniques?
(8 février 1999)

Humains en éprouvettes: gros sous et gros obstacles
(16 novembre 1998)

Le clone et l'argent du clone
(3 août 1998)

Le jour de paye des biotechnologies
(20 juillet 1998)


 

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