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Le propriétaire de la vie (2e partie)

Agence Science-Presse, le 29 janvier 2008, 16h00

(Agence Science-Presse) Craig Venter est un fantasme de journaliste : chaque fois qu’il fait une annonce, on est sûr que ça donnera une belle manchette. Il est immanquablement décrit comme un scientifique controversé, mais il serait plus juste d’en parler comme d’un génie du marketing.

Le propriétaire de la vie (2e partie)
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Le propriétaire de la vie (2e partie)

Pourquoi créer des génomes «synthétiques»?
Même raison qu’avec les OGM : créer des êtres vivants capables de meilleures performances. Des bactéries dépolluant les sols, produisant des biocarburants... Ou « qui absorberaient les gaz à effet de serre », comme l’Institut Venter l’a maintes fois souligné depuis vendredi, comme s’il voulait mieux faire passer la pilule.

Pourquoi pas une arme biologique? Craig Venter lui-même l'avait évoqué.

Et au-delà des microbes? Pour l’instant, les plantes modifiées génétiquement font bien le travail qu'on attend d’elles. Mais qui sait si une plante reprogrammée ne ferait pas mieux? Et un animal? Et ensuite?

L’annonce de vendredi dernier, sur ce génome synthétique d’une bactérie (voir le texte principal), il est allée la faire dans le cadre du Forum économique mondial de Davos —là où d’autres scientifiques plus modestes se seraient contentés d’une conférence de presse, parallèlement à la publication de la revue Science.

Depuis les années 1990, Venter fait son chemin dans la jungle des biotechnologies, laissant derrière lui une traînée d’ennemis. Cela a commencé avec la course au décodage du génome humain : tandis qu’un consortium international public (projet HUGO), c’est-à-dire composé d’institutions financées par divers gouvernements, progressait lentement, Venter est arrivé avec une nouvelle méthode de séquençage, permettant de cataloguer les gènes plus vite et pour moins cher.

Résultat : avec sa compagnie, Celera Genomics, tel un bulldozer, il a écrasé la concurrence et proclamé, en avril 2000 -mais un peu prématurément- avoir achevé « le premier décodage du génome humain ».

Entretemps, de nombreux chercheurs avaient commencé à s’approprier des brevets sur des gènes, à gauche et à droite, et Venter ne s’en était pas privé, laissant même entendre qu’il pourrait déposer un brevet sur le génome humain. Après tout, n’était-il pas le premier? Vigoureuses protestations. Citation d’un scientifique interviewé par le New Yorker : « Venter est un imbécile, une épine dans le pied des gens et un égocentrique ». On n'a plus réentendu parler de son désir d'un brevet.

Il a fallu une intervention politique au plus haut niveau —le président américain Bill Clinton et le premier ministre britannique Tony Blair— pour qu’une annonce conjointe, deux mois plus tard, ne soit faite, le décodage « privé » d’un côté et le décodage « public » de l’autre.

Lorsque, en 2002, Venter a démissionné de Celera Genomics, plusieurs en ont conclu que la compagnie ne pouvait pas soutenir un aussi gros ego. Mais il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que, grâce à la vente de ses actions, on réentende parler de lui : en 2003, il fondait l’Institut Craig Venter, qui s’est lancé sur de multiples voies, toutes reliées à la génétique (comme la carte des microbes dans l’air de New York, autre sujet médiatique!). Parmi elles, la recherche du plus petit génome « fonctionnel » —et en 2006, a resurgi l’idée de breveter une version synthétique de ce génome.

L’Institut emploie à présent 400 personnes à Rockville, Maryland, et La Jolla, Californie.

En 2007, Craig Venter publiait son autobiographie... et le premier génome d’un individu. Et bien sûr, pas n'importe quel individu: lui-même! Son autobiographie, qui utilise de grands pans de ce génome pour présenter divers aspects de sa personnalité, s'intitule A Life Decoded.