Les opposants aux nanotechnologies ont, pour la première fois, quelque chose à se mettre sous la dent: une étude chinoise selon laquelle des travailleuses de ce pays souffriraient de maladies pulmonaires à cause de nanoparticules.

Mais est-on vraiment sûr que les causes de leur problème soient des nanoparticules, ces particules à peine plus grosses qu’un atome? Comme c’est toujours le cas lorsqu’une étude en santé pointe un problème pour la toute première fois —et que son échantillon, comme dans ce cas-ci, est minuscule— la réponse définitive est repoussée vers des études futures.

Sur papier, l’étude —parue dans le European Respiratory Journal— a tout ce qu’il faut pour inquiéter : sept travailleuses de 17 à 47 ans, dans une usine d’imprimerie non identifiée en Chine, ont été diagnostiquées avec des granulomes : ce sont des « boules » de cellules immunitaires qui se forment dans le poumon lorsque le système immunitaire est incapable d’évacuer un corps étranger. Deux de ces femmes sont mortes.

Et quel était ce corps étranger? Selon le toxicologue Yuguo Song et ses collègues de l’Hôpital Chaoyang à Beijing, des particules de 30 nanomètres de diamètre (ou 30 millionièmes... de millimètre!) dans les fluides et les tissus pulmonaires. Ces particules seraient entrées là avec les fumées produites par le chauffage, entre 75 et 100 degrés Celsius, de panneaux de polystyrènes qui avaient auparavant été recouverts d’un matériau à base de plastique. Des analyses au microscope électronique ont révélé ces particules de 30 nanomètres dans le matériau en question, et dans la poussière accumulée par le système de ventilation défectueux.

Mais il en faudra plus pour accuser formellement ces « nanos ». Tout d’abord, les travailleuses vivaient dans un environnement peu propice à leur santé : une pièce sans fenêtres, où la porte était souvent fermée et où le système de ventilation était tombé en panne cinq mois plus tôt. « Je ne doute pas de la présence des nanoparticules, mais cela ne signifie pas qu’elles soient la cause première » des problèmes pulmonaires de ces femmes, commentait le mois dernier, dans Nature, le toxicologue britannique Ken Donaldson.

Cette étude, renchérit le chercheur en santé du travail Anthony Senton, plutôt qu’une première preuve solide des dangers du « nano », est un exemple « d’échec total des procédures de santé et de sécurité ».

Alors, dangereuses pour la santé, les nanotechnologies? Peut-être bien, mais pour le démontrer, il faudra faire beaucoup mieux...

Pascal Lapointe