Vous êtes scientifique et avez complété une recherche. Vos résultats sont encourageants. Avant d’envoyer votre article à une revue, seriez-vous prêt à payer une firme qui tentera de reproduire vos résultats —au risque de vous dire que vous vous êtes fourvoyé?

Se tromper n’est pas censé être humiliant —c’est la façon dont progresse la science. Sauf que dans la dernière décennie, de plus en plus de scientifiques ont posé des questions existentielles sur le bien-fondé du « vieux » modèle : je publie, ils me lisent, certains d’entre eux publieront quelque chose confirmant ou réfutant mes conclusions... mais pas avant quelques années. Tout récemment, on a vu quelques cas où cette révision par les pairs s’est faite par l’intermédiaire des blogues plutôt que des revues savantes —dont la « bactérie à l’arsenic »— mais personne n’ose encore imaginer une telle « conversation » se produire de façon systématique.

La grosse faiblesse du vieux modèle, c’est que de faire une recherche pour arriver à des résultats négatifs, c’est bien moins glorieux que de « découvrir » quelque chose : bien des chercheurs ne voudront pas dépenser temps et énergie à refaire une expérience en laquelle ils ne croient pas, et les organismes subventionnaires sont également moins enclins à financer deux fois la même chose.

C’est sur cette base que la biologiste Elizabeth Iorns et sa firme Science Exchange viennent de lancer l’Initiative Reproductibilité (Reproducibility Initiative). Coût : 10% de ce que vous a coûté la recherche initiale. Avantage : si vos résultats s’en trouvent confirmés, vous vous retrouvez avec non pas une, mais deux recherches —un atout pour percer la barrière des revues dont les critères de publication sont plus sévères.

Aussi logique que soit l’initiative —la revue gratuite PLOS One s’est engagée à publier toute recherche résultant de cette initiative— pourrait-elle s’avérer en bout de ligne une simple publicité pour la firme de biotechnologie de cette biologiste de l’Université de Floride? C’est la crainte exprimée par le journaliste scientifique John Timmer : la firme a été créée en 2011 pour lier des chercheurs en quête d’une expertise avec des laboratoires ou des compagnies privées possédant cette expertise, et elle prend un pourcentage au passage. Mais une fois le premier contact établi, qui paiera pour refaire l’expérience? L’université à laquelle appartient le chercheur intégrera-t-elle cela à son budget? L’organisme subventionnaire? Une tierce partie qui n’existe pas pour l’instant?

Et encore faut-il savoir de quelles disciplines scientifiques on parle, poursuit John Timmer : les études en psychologie comportementale seront impossibles à reproduire à la perfection, et certaines de celles en physique des hautes énergies nécessitent rien de moins qu’un second accélérateur de particules...

Mais qu’il soit ou non un succès, cet effort représente une admission tacite que, avec l’énorme volume de publications scientifiques, et avec le problème chronique des erreurs de bonne foi et des fraudes délibérées, il est temps d’au moins considérer des façons par lesquelles nous pourrions fournir un plus haut degré de confiance aux découvertes scientifiques.