Bien que la vitamine D soit essentielle à la bonne santé de nos os et de nos muscles — entre autres — les suppléments que l’on vend un peu partout sont souvent inutiles : la nourriture — et le Soleil — fournit généralement la quantité dont notre corps a besoin. Si on a souvent pointé un doigt accusateur vers le marketing des producteurs de ces suppléments de vitamines, le rôle d’un médecin est moins connu.

Le New York Times publiait en fin de semaine un portrait du Dr Michael Holick, endocrinologue à l’Université de Boston, dont l’attitude mérite d’être qualifiée « d’extrême ». C’est lui qui est allé jusqu’à émettre tout haut l’hypothèse que la disparition des dinosaures n’aurait peut-être pas été seulement causée par une météorite, mais par une carence en vitamine D qui les avait rendus plus vulnérables.

Or, le rôle du Dr Holick a été capital dans l’émergence d’une industrie devenue très lucrative (les ventes de suppléments vitaminés s’élevaient à 937 millions $ en 2017) et la sur-multiplication des tests de dépistage de carences en vitamine D : la facture, uniquement pour le service d’assurance-maladie américain Medicare, s’élevait à 365 millions $ en 2016, soit cinq fois plus qu’une décennie plus tôt.

Et comme de juste, le médecin en a bénéficié, lit-on dans le reportage réalisé par l’agence de presse Kaiser pour le compte du New York Times :

[Holick] a utilisé son influence dans la communauté médicale pour promouvoir des pratiques qui ont bénéficié financièrement aux compagnies qui lui ont versé des centaines de milliers de dollars — incluant les fabricants de médicaments, l’industrie du bronzage intérieur et un des plus grands laboratoires commerciaux du pays.

Un point tournant se situe en 2010-2011. L’Académie nationale de médecine, un groupe d’experts indépendants, publie un rapport de plus de 1100 pages sur les effets délétères de carences en vitamine D. Il conclut que la majorité des Américains n’ont pas de telles carences, mais que les médecins devraient être plus vigilants face à certains types de patients, notamment ceux à risque d’ostéoporose. Quelques mois plus tard pourtant, le Dr Holick est à la tête d’une équipe dont la recherche arrive à des conclusions opposées : « la carence en vitamine D est répandue dans tous les groupes d’âge ». C’est cette position, défendue par la Société américaine d’endocrinologie, qui deviendra la position dominante, et la base d’une série de lignes directrices suivies par des hôpitaux et des laboratoires en charge de tests de dépistage à travers les États-Unis — et au-delà.

Une prise de position qui a également été adoptée par plusieurs vedettes de la télé et du cinéma, du « Dr Oz » à Gwyneth Paltrow. « Connaître votre niveau de vitamine D peut vous sauver la vie » proclame le site d’Oprah Winfrey.

« Il n’y a pas d’épidémie », continue de proclamer la nutritionniste de l’Université d’État de Pennsylvanie, Catharine Ross, qui avait dirigé le comité auteur du rapport de l’Académie nationale de médecine. Une prise de position qui peine à percer le mur de l’enthousiasme vitaminé.