Pendant qu’on observe attentivement l’évolution des blogues, une évolution parallèle se poursuit, beaucoup plus discrètement, au sein de la communauté scientifique. Des revues scientifiques ouvrent elles aussi la porte aux commentaires de leurs lecteurs —et aussi spécialisés que puissent être ces lecteurs, ils ne sont, à certains égards, pas si différents des « autres » internautes.

 

Depuis décembre 2006, la revue PLoS One expérimente ainsi une formule qui, il y a seulement cinq ans, aurait été jugée osée : plutôt que de se contenter d’un comité de révision par les pairs classique (deux ou trois experts du domaine relisent l’article et envoient leurs commentaires... des semaines plus tard), les articles, une fois approuvés par un éditeur de la revue, sont mis en ligne, où se fera la véritable révision par les pairs, grâce aux commentaires des visiteurs.

Du moins, la revue espère que se fera une telle révision par les pairs. Qu’en est-il? Un administrateur de l’éditeur Nature a épluché les bases de données de PloS One :

- 39% des articles mis en ligne ont au moins un commentaire; - cette proportion tombe toutefois à 18% si on ne compte pas les commentaires des éditeurs eux-mêmes, et des auteurs de l’article; - 13% des commentaires constituent une forme ou l’autre de critique de l’article; 11% sont une demande de clarification ou une question aux auteurs; - la grosse —très grosse— différence avec les commentaires d’un blogue grand public : très peu de ces commentaires sont de la catégorie « Wow », « beau texte » ou « cé bon »...

Est-ce beaucoup ou pas assez? La pratique d’ouvrir la porte aux commentaires est encore très rare, en dépit de l'expérience de BioMedCentral, qui avait précédé PLOS sur ce terrain dès 2002. Chez BioMedCentral, seulement 2% des articles ont des commentaires, contre 18% chez PLoS One. La responsabilité en revient sans doute, chez PLoS, à l’embauche en mai 2007 d’un « gestionnaire de contenu en ligne », dont la tâche première est de faire du marketing et de « motiver » les visiteurs à venir commenter les articles. Ce gestionnaire, un étudiant au doctorat en biologie, était déjà connu comme blogueur prolifique.

L’interface plus conviviale de PLoS One est aussi pointée du doigt comme une cause possible du plus grand nombre de commentaires. Eh oui, même les scientifiques peuvent être sensibles à ces détails...