Moins spectaculaires que ses décrets sur l’immigration, les attaques de Trump contre l’environnement n’en ont pas moins été nombreuses pendant ses 100 premiers jours. Et ce qui inquiète les environnementalistes, c’est que ça ne fait que commencer : un grand nombre de pions commencent tout doucement à avancer sur l’échiquier…

En campagne, il avait souvent attaqué les « ridicules règles environnementales » qui étaient selon lui une nuisance à l’emploi et à la croissance économique. Par voie de décrets présidentiels et de nominations à des postes-clefs, il s’est donc attaqué à certaines de ces règles. Dans certains cas, le geste est symbolique, dans d’autres, il est perçu, à tort ou à raison, comme le premier pas vers des changements susceptibles de faire des dégâts à l’échelle planétaire.

Parmi les gestes symboliques : le décret annulant les règles environnementales édictées sous Obama pour limiter la pollution des centrales au charbon. Le décret a toutes les chances de demeurer vide de sens : les emplois perdus dans le charbon l’ont été des décennies plus tôt, à cause de l’automatisation, et en 2017, les investisseurs américains ne sont plus intéressés par le charbon, parce que le gaz de schiste est plus rentable.

Mais d’autres gestes pourraient avoir une plus longue portée :

  • la réautorisation par décret des pipelines Keystone et Dakota Access ;
  • une loi votée au Congrès à majorité républicaine, qui renverse le règlement de l’ère Obama visant à limiter les déversements de charbon dans les cours d’eau ;
  • une autre loi, en février, qui renverse la règle qui obligeait les compagnies pétrolières à dévoiler les paiements reçus de gouvernements étrangers ;
  • et surtout, la nomination du climatosceptique Scott Pruitt, à la tête de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA). Pruitt dispose désormais de quatre années pour miner les normes de protection de l’air et de l’eau édictées pendant des décennies et pour éliminer des programmes qui ont fait leurs preuves, comme celui sur la protection des Grands Lacs.

En un sens, ironise le magazine Mother Jones, l’environnement est « le plus grand succès des 100 premiers jours de Trump ». Les décrets et les nominations ont d’ores et déjà créé une atmosphère délétère :

J’ai travaillé sous six administrations avec des directeurs nommés par les deux partis. C’est la première fois que je vois un personnel se moquer et rejeter aussi ouvertement des politiques d’une administration, et par extension de vous… Le message que nous entendons est que cette administration travaille à démanteler l’EPA et son personnel aussi vite que possible.

Un message qui se réverbère apparemment dans plusieurs ministères et agences :

À cette occasion, l’EPA a été accusée par le républicain Lamar Smith, du Texas, de « poursuivre un ordre du jour politique » en utilisant une « science discutable ». Et il y a quelques jours, on apprenait que la page « science du climat » était disparue du site de l’EPA — au moment même où des dizaines de milliers de personnes marchaient à Washington pour le climat.

Et les 100 prochains jours ?

La suite ?

Une autre suite possible ? Le mois dernier, Exxon demandait officiellement au gouvernement américain de mettre en partie fin aux sanctions économiques contre la Russie. Il faut savoir qu’en 2014, Exxon avait presque ficelé avec le géant russe du pétrole, Rosneft, un partenariat majeur pour l’exploitation du pétrole de l’Arctique. Tout avait été bloqué lorsque la Russie avait envahi l’Ukraine et que des sanctions économiques lui étaient tombées dessus, mais ils sont nombreux à se demander si ce partenariat, qui pourrait représenter des centaines de milliards de dollars, n’est pas en train de voir les astres s’aligner en sa faveur.

Par contre, Trump n’a toujours pas annoncé s’il retirait les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Ces dernières semaines, les journalistes qui couvrent la Maison-Blanche ont noté que des réunions stratégiques avaient été repoussées à quelques reprises, ce qui témoignerait selon eux de luttes internes parmi les proches du président. Mais comme l’Accord de Paris n’a pas le pouvoir de sanctionner un pays qui ne se conformerait pas à ses cibles de réduction des gaz à effet de serre, que Washington y reste ou non, le message des 100 derniers jours est déjà clair.

Ajout 9 mai : Une rencontre de ce comité des conseillers de la Maison-Blanche censé discuter de l'Accord de Paris, qui devait avoir lieu aujourd'hui, a été reportée.