Le 5 novembre, les citoyens de Montréal auront choisi une nouvelle mairesse, ou auront réélu l’actuel maire. Quelles promesses à saveur scientifique font les deux grands partis montréalais ? Survol en quatre thématiques des plateformes électorales : culture scientifique et éducation, ville numérique et intelligente, mobilité, environnement.

1. Éducation et culture scientifique

Belle surprise, un des partis reconnaît la culture scientifique et veut l’encourager au sein de la métropole. Projet Montréal tient ainsi à créer une Journée montréalaise de la culture scientifique et un prix de la culture scientifique. On y lit qu’il importe de :

Reconnaître l’industrie du savoir ainsi que la vivacité du domaine de la recherche scientifique comme des composantes essentielles et structurantes de la culture montréalaise.

Pour arriver à cet objectif, le parti de Valérie Plante entend accueillir des scientifiques en résidence dans les maisons de la culture, au même titre que les artistes. De plus, Projet Montréal tient à insérer des contenus scientifiques dans l'espace public jusque-là réservé à l'art et à l’histoire — un projet qui avait été évoqué, il y a quelques années, sous la forme de bornes interactives. Enfin, l’offre d’activités en culture scientifique d’Espace pour la vie, du Centre des sciences et du Service des grands parcs pourrait aussi être fusionnée à celle du service des communications de la ville pour une meilleure diffusion auprès de la population.

Par ailleurs, en éducation, les deux partis font front commun avec quelques petites variantes : ils s'engagent tous deux à reconnaître le rôle essentiel des universités, des cégeps et des écoles de métiers comme leviers de développement économique.

Le parti de Valérie Plante promet, pour sa part, d’adopter une politique de rétention des diplômés universitaires, en démarchant le gouvernement du Québec pour accélérer la reconnaissance des diplômes étrangers, et en participant au développement d’incubateurs d’entreprises dans les universités et les collèges.

L’équipe de Denis Coderre propose une démarche similaire en mettant « sur pied un Bureau de l’enseignement supérieur, qui agira en tant que lien permanent entre la Ville et les établissements universitaires et collégiaux ». Ce bureau aurait pour ambition de stimuler et multiplier les projets de collaboration entre la Ville, les universités, et l’écosystème entrepreneurial, particulièrement pour l’accueil et la rétention des étudiants internationaux.

L’équipe de l’actuel maire a aussi la bonne idée de

Créer, au centre-ville, une zone d’innovation et d’expérimentation où les entreprises et les citoyens et citoyennes pourront contribuer au développement des produits-prototypes de demain.

S’agirait-il d’une nouvelle partie du Quartier de l’innovation de Montréal, un « écosystème d’innovation » lancé par le milieu universitaire montréalais qui met de l’avant les projets des nouvelles technologies et des données ouvertes ?

2. Montréal, ville numérique et intelligente

L’équipe de Denis Coderre désire poursuivre le développement d’outils numériques, notamment à l’intention des nouveaux arrivants. La transformation des bibliothèques municipales permettrait également aux nouveaux citoyens de faire l’apprentissage des nouvelles technologies – devenant ainsi « des lieux d’inclusion sociale et également des espaces d’expérimentation ».

Sachant combien tous les citoyens n’ont pas la même aisance avec ces nouveaux outils, un effort serait entrepris par l’équipe de Projet Montréal pour mesurer – et atténué — l'impact de la fracture numérique sur l'employabilité des Montréalais.

Une refonte du portail internet de la ville et un service numérique de la Cour municipale sont aussi envisagés par l’Équipe Coderre. L’objectif : numériser tous les services municipaux prioritaires. Valérie Plante promet pour sa part d’étendre la connexion sans-fil et de proposer aux citoyens des bornes de recharge de téléphones dans les espaces publics. Le mandat de récupération des rebuts technologiques serait confié au Bureau de développement durable.

Si Valérie Plante entend créer un portail pour faire rayonner l’industrie créative numérique, Denis Coderre souhaite plutôt faire de Montréal une ville « intelligente, ouverte et collaborative ». Un dossier mis de l’avant depuis la création en 2014 du Bureau de la ville intelligente et numérique. « La mission fondamentale du Bureau de la ville intelligente est de mettre en place des outils citoyens pour développer la ville de demain. Le numérique permettra aussi une plus grande démocratie participative et un développement durable et efficace. »

Le numérique, c’est aussi rendre accessible à tous les citoyens un maximum de données — ce qu’on appelle les données ouvertes. Grâce à sa politique de données ouvertes, la Ville de Montréal partage plus de 250 jeux de données sur son site (archives photographiques, comptage des vélos et piétons, criminalité, stationnements, etc.). De nombreux autres documents axés sur la distribution des contrats par la Ville, son budget et la sécurité publique visent aussi à encourager la participation citoyenne à la vie politique.

L’équipe de Valérie Plante propose elle aussi de poursuivre le partage de ces données informatiques auprès des Montréalais. Elle propose par ailleurs le déploiement de la webdiffusion des instances démocratiques (notamment, réunions des conseils de la ville-centre et des arrondissements). Comme son rival, Valérie Plante promet de favoriser la diffusion des données ouvertes auprès de la population de Montréal.

2. Le délicat dossier de la mobilité

L’Équipe Coderre désire « actualiser le plan de transport de l’agglomération » par l’entremise de consultations publiques. Il entend aussi miser sur la sécurité et la fluidité de la circulation et en tenant compte des nouvelles réalités (électrification des transports, arrivée des véhicules autonomes).

Du côté de l’électrification des transports, les promesses sont précises : atteindre l’objectif de 1000 bornes de recharge et accélérer l’implantation de stations de recharges rapides ; convertir les 230 véhicules de la flotte de la Ville de Montréal et les autobus de la Société de transport de Montréal au 100 % électrique ;  et offrir un réseau de 1000 véhicules électriques en libre-service (financé par le privé). Pour la fluidité de la circulation, l’Équipe Coderre envisage de :

  • poursuivre l’implantation des panneaux d’affichage dynamique informant les automobilistes de la disponibilité des places de stationnement ;
  • moduler les livraisons en camions en privilégiant les véhicules « propres » ;
  • achever la géolocalisation en temps réel de tous les autobus de la STM (projet iBus) ;
  • compléter la base de données de l’état de la circulation à Montréal (projet Géo-Trafic). ;
  • mettre en place un « pôle de mobilité » offrant différents modes de transport alternatifs : Bixi, véhicules électriques, covoiturage et autopartage ;
  • appuyer le développement du Réseau électrique métropolitain (REM) ainsi que le prolongement de la ligne bleue du métro jusqu’à Anjou.

Pour Valérie Plante, de Projet Montréal, l’avenir de la mobilité passe par :

  • le développement d’une nouvelle ligne de métro, la ligne rose, afin de désengorger la ligne orange aux heures de pointe ;
  • la création d’un nouveau plan de transport afin que « tout Montréalais soit à 10 minutes d’un moyen de transport collectif, lourd ou mi-lourd, et à 45 minutes de sa destination », en incluant les besoins des personnes à mobilité réduite et priorisant les pôles d’emploi ;
  • l’aménagement de voies réservées aux véhicules « verts » et au covoiturage ;
  • la création d’un Fonds des transports durables pour développer le réseau cyclable montréalais quatre saisons et encadrer la venue des véhicules autonomes ;
  • l’appui au Réseau électrique métropolitain (REM) en s’assurant toutefois que le futur train électrique soit réellement au service des Montréalais et en exigeant qu’il relève de l’Agence régionale de transport métropolitain ;
  • le maintien du statut de propriété publique du tunnel du Mont-Royal, du caractère public du réseau et d’une bonne cohabitation des différents transports en commun (trains de banlieue, etc.), le tout assuré par une structure à responsabilité partagée où les citoyens auront une place.

3. Montréal et l’environnement

Du côté des déchets, Denis Coderre vise l’objectif « zéro enfouissement », en préconisant entre autres la réduction graduelle des déchets destinés à l’enfouissement et la poursuite de l’implantation de la collecte des déchets organiques. Il entend également lutter contre le gaspillage alimentaire et celui de l’eau potable. Il mise sur le verdissement avec un objectif de 300 000 nouveaux arbres, dont 40 000 sur la montagne et veut élaborer une politique d’agriculture urbaine.

Tout comme son opposant, Valérie Plante désire favoriser l’agriculture urbaine et réduire l’enfouissement. Elle souhaite aussi valoriser l’offre alimentaire locale et saine en luttant notamment contre les déserts alimentaires de la ville — des territoires qui ne possèdent pas d’offre alimentaire de qualité, ni fruiterie et ni commerce alimentaire de proximité. Elle souhaite aussi garantir la protection du Mont-Royal, des jardins institutionnels tels que celui de la maison mère des Sœurs Grises de Montréal, des 13 ruisseaux de la Ville, de certains boisés et du territoire agricole de l’ouest de l’île.

Elle se distingue toutefois de l’équipe du maire sortant en promettant de s’attaquer aussi aux bruits urbains en créant un observatoire sur le bruit, capable de donner un portrait sonore de Montréal, et en modernisant le règlement sur les niveaux sonores autorisés.

En matière de lutte aux changements climatiques, c’est sous Denis Coderre que la Ville a ratifié la Déclaration de Paris en 2015 lors de la COP21 et s’est engagée à réduire de 80 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Elle appartient au Groupe des villes leaders pour le climat (C40 Cities Climate Leadership Group). Pour l’instant toutefois, ni données ni réalisations n’ont été enregistrées sur la page du groupe.

Quant à Valérie Plante, elle s’oppose aux projets de pipelines, à la dérivation des Grands Lacs et à la création du dépotoir de déchets nucléaires de Chalk River, des enjeux qui risquent tous d’avoir des impacts dans la cour de Montréal.

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Environnement, mobilité, ville numérique, éducation : dans ces quatre dossiers, les promesses sont nombreuses et diverses. Reste à connaître, le 5 novembre prochain, lesquelles auront su gagner le cœur – et le vote – des Montréalais.