Cette fin d'année 2013 sera marquante dans l'histoire du programme spatial chinois! Au cours du mois de décembre qui vient, le rover Lapin de jade (Yutu) sillionnera la Baie des Arcs-en-ciel sur la surface de la Lune (assez poétique non?). Les Chinois mettent depuis quelques années les bouchées doubles pour s'affirmer comme membre du club très fermé des grandes puissances spatiales.

Ce premier alunissage fait partie d'un vaste programme d'exploration spatiale visant dans un futur proche le retour de l'Homme sur la Lune. La course vers l'espace est bel et bien recommencée!

Depuis la mission Apollo 17 en décembre 1972, personne n'a marché sur la Lune. En incluant le célèbre Neil Amstrong, seulement 12 personnes (tous Américains!) font actuellement partie du club très sélect des Marcheurs lunaires. Georges Bush a tenté d'augmenter ce nombre en relançant une nouvelle ère de conquête spatiale en 2004 avec le programme Constellation.

Malheureusement, avec la crise économique et les lourdes coupures dans le budget de la NASA, le programme a été mis de côté. Pour l'instant, la NASA conserve sa place de leader dans l'exploration spatiale grâce à ses missions martiennes comme Curiosity, mais le Japon, la Chine et l’Inde commencent leur ascension et promettent de devenir des concurrents sérieux au cours des prochaines décennies. Le prochain homme sur la Lune et peut-être bien la première femme proviendront peut-être de l'Asie.

La Chine a les yeux bien tournés vers les étoiles. Elle est devenue en 2003 la troisième puissance spatiale après la Russie et les États-Unis à lancer un homme dans l'espace par ses propres moyens. Les Chinois ont également commencé la confection de leur propre station spatiale en 2011 et lui ont ajouté des annexes pour l'agrandir en 2012 et en 2013 (cet été). Pas de doutes, la Chine fait partie de la course et leur prochaine destination est la Lune!

En ces temps d'austérité économique, l'exploration spatiale ne se fait plus en personne, mais à distance! Bien moins dispendieux, les robots téléguidés sont les premiers explorateurs du 21e siècle. Par exemple, une mission robotisée comme Curiosité sur Mars «ne coûte que» 2,5 milliards de dollars, comparativement à une centaine de milliards pour le programme Apollo. La Chine a déjà envoyé deux sondes (Chang'e 1 et Chang'e 2) autour de notre satellite naturel afin de cartographier et modéliser en trois dimensions plusieurs régions de la Lune. La seconde phase de son programme d'exploration est d'envoyer un véhicule téléguidé sur la Lune afin d'analyser in situ le sol lunaire.

Au cours du mois de décembre, la mission chinoise Chang'e 3 effectuera le premier alunissage doux (sans destruction de l'alunisseur) depuis celui de la sonde Soviétique Luna 24 en 1976, il y a déjà bien longtemps. Le rover Yutu viendra donc se poser délicatement sur la surface lunaire. Équipé de grands panneaux solaires, ce véhicule téléguidé a pour mission d'effectuer des analyses scientifiques des sols, d'envoyer vers la Terre des images de la surface de la Lune en direct, mais surtout de sonder (pour la première fois) les profondeurs du sol lunaire. À l'aide d'un petit radar, Yutu mesurera la structure et la composition de la croûte lunaire jusqu'à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Ce bolide à six roues mérite bien son nom de «lapin», avec sa fulgurante vitesse de pointe de 200 mètres par heure — bien plus rapide que Curiosity et ses 40 mètres par jour!

Après cette mission, le programme chinois d'exploration lunaire (Chang'e) prévoit enclencher en 2017 la prochaine phase de son programme: ramener un échantillon du sol lunaire sur Terre. Si tout se passe bien, la Chine envisage le lancement de missions habitées vers la Lune à l'horizon 2025-2030. La NASA peut-elle faire mieux? Ce n'est pourtant pas l'intérêt qui manque (comme en témoigne la longue liste exhaustive des objectifs lunaires de la NASA)! L'ascension de nouveaux compétiteurs sérieux réanimera peut-être une nouvelle volonté d'exploration américaine comme à l'époque de le rivalité avec l'URSS...