Comment choisit-on son compagnon lorsqu’on manque d’expérience ? On peut s’intéresser à son aspect extérieur : semble-t-il en bonne santé et apte à produire de beaux rejetons ? Et a-t-il du succès auprès des membres du sexe opposé ? Si c’est le cas, c’est qu’il doit être plutôt pas mal ! Dernier point : quel temps fait-il aujourd’hui ? Aucun rapport ? Voyons cela.

Choisir son partenaire, un véritable casse-tête

À un moment ou un autre de la vie de la plupart des animaux, y-compris la nôtre, se pose la délicate question du choix du partenaire. Et, le plus souvent, ce sont les femelles qui mènent la danse. En effet, faire des petits leur coûte généralement bien plus d’énergie qu’aux mâles, qui peuvent assez facilement produire trouzemille spermatozoïdes et les dispatcher de ci de là. De leur côté, les femelles doivent produire les ovules, assurer la croissance de l’œuf ou de l’embryon, pondre ou mettre-bas et parfois s’occuper de sa progéniture seule pendant un temps considérable. Il est donc peu étonnant que la plupart des femelles choisissent avec grand soin qui sera le futur père de leurs enfants.

Elles utilisent donc tout un ensemble de critères pour prendre leur décision. Tout d’abord, l’aspect du partenaire : est-il en bonne santé ? Correspond-il aux canons de beauté de mon espèce ? Semble-t-il apte à produire de beaux rejetons ? Mais lorsqu’on manque d’expérience, il peut être difficile de séparer le bon grain de l’ivraie et c’est alors que les critères sociaux deviennent intéressants. Certaines femelles, partant probablement du principe que si un mâle plaît, c’est qu’il est de bonne qualité, vont donc avoir tendance à copier les préférences des femelles qui les entourent. Cette manie un poil gênante de préférer les mâles qui ont du succès est connue depuis bien longtemps chez l’homme. Mais, de manière plus surprenante, on la retrouve chez des animaux comme le rat, certains oiseaux certains poissons, et même chez des organismes aussi simples que les drosophiles.

Une drosophile, quèsaco ?

Tout le monde les connaît sans pour autant savoir mettre un nom dessus, elles hantent nos cuisines et tout particulièrement nos paniers de fruits ou nos verres de bière. Les drosophiles, plus communément appelées « mouches du vinaigre » ou « fichus moucherons ! » sont des hôtes fréquents de nos habitations. Elles sont aussi un des modèles préférés des généticiens qui jouent à faire des expériences divertissantes dessus du style « hey, et si on leur faisait pousser des pattes à la place des antennes ? ». Et, plus récemment, les éthologues, spécialistes du comportement animal, se sont penchés sur le cas de cet animal de laboratoire. Non qu’il ne soit particulièrement passionnant au premier abord, mais plutôt parce que les drosophiles se reproduisent vite, mangent peu et qu’on connaît leur génome sur le bout des doigts. C’est ainsi qu’on a découvert que les mâles drosophiles privés de sexe sombraient dans l’alcoolisme (ok, je noircis un peu le tableau) mais aussi que les femelles drosophiles étaient capables de calquer leur choix de partenaire sur celui de leurs congénères.

Peep-show pour insectes inexpérimentés

« Et sinon, c’est quoi ton métier ? - Moi ? J’organise des spectacles érotiques pour mouches ! »

Voilà ce qu’Anne-Cécile Dagaeff, alors chercheuse à l’Université de Toulouse, aurait pu vous répondre si vous vous étiez avisé de lui poser la question. En effet, c’est elle qui a confirmé que les drosophiles femelles sans expérience avaient tendance à imiter le choix des autres femelles en matière de mâles reproducteurs, et ce par le biais d’une expérience très simple. Elle a mis dans un tube une femelle vierge, qui ne s’était donc jamais accouplée et, à l’autre bout du tube, une autre femelle accompagnée de deux mâles de couleurs différentes, l’un rose, l’autre vert. La femelle vierge était séparée des trois démonstrateurs par une vitre, elle pouvait donc voir ce qui se passait mais pas intervenir (heureusement, il y a des mineurs qui nous lisent). Chez la drosophile, les mâles proposent et les femelles disposent donc la femelle vierge observait la femelle démonstratrice choisir entre les deux mâles déployant leurs plus belles parades pour finalement finir par s’accoupler soit avec le vert, soit avec le rose. On proposait ensuite à la femelle vierge deux autres mâles, l’un vert et l’autre rose. Et elle avait tendance à choisir plus volontiers celui de la couleur correspondante à celle du mâle qui venait de parader avec succès sous ses yeux. Encore plus fort, même si la femelle vierge ne pouvait voir que la dernière étape du processus, c’est-à-dire l’accouplement, elle préférait tout de même celui qui ressemblait le plus au mâle qu’elle voyait conclure. Et le clou du spectacle ? Si elle observait plusieurs femelles à la fois choisir entre deux types de mâles, elle suivait la majorité et préférait alors le type de mâle qui, en moyenne, avait le plus de succès.

Rien de spectaculaire, me diriez-vous ? Rappelez-vous tout de même que l’on parle ici d’un insecte de quelques millimètres dont le cerveau se résume en tout et pour tout à 135.000 neurones, contre près de 100 milliards chez nous. Et pourtant, une drosophile observant un couple en pleine action est capable de repérer l’aspect du mâle qui s’est accouplé, de comprendre en quoi il est différent de celui qui n’a pas eu de succès, et de généraliser cette expérience à sa propre situation : bref, elle apprend. Pas si mal pour une si petite bestiole.

Et la météo dans tout ça ?

Après avoir observé des centaines de drosophiles en observer d’autres s’accoupler (y’a pas à dire, on sait rigoler dans les labos), notre jeune chercheuse s’est rendu compte qu’il y avait des jours avec et des jours sans. En langage plus scientifique, certains jours les femelles vierges copiaient très bien le choix des femelles démonstratrices, et d’autres pas du tout. Dans un environnement comme un laboratoire où tous les paramètres (alimentation, température, humidité, durée du jour…) sont méticuleusement contrôlés, cette observation avait de quoi surprendre. Mais il existe un paramètre qui reste, au grand dam de nos anciens, impossible à contrôler : la météo. A moins de travailler dans un caisson hyperbare, la pression atmosphérique dans un laboratoire varie d’un jour à l’autre. En général, s’il fait beau dehors, la pression augmente puis reste élevée alors que s’il fait moche, la pression diminue puis reste basse. Cela pouvait-il expliquer les jours sans de nos drosophiles voyeuses ? Hé bien oui : lorsqu’il fait beau, les femelles ont plus tendance à choisir un type de mâle qui a du succès, alors que lorsqu’il fait moche, les drosophiles, sûrement plus concentrées sur leur propre survie que sur ce qui se passe dans le plumard de leurs voisines, choisissent leur partenaire un peu au pif. Et ce alors que les drosophiles utilisées dans ces expériences vivent depuis des milliers de générations en laboratoire où, même si les universités se délabrent, il pleut tout de même rarement.

En conclusion ? Mesdames, Messieurs, si vous n’avez pas beaucoup de succès avec l’élu de votre cœur, essayez de le courtiser plutôt par mauvais temps. Et avec écoute et respect, ça ne mange pas de pain non plus !