Depuis quelques années, j’illustre pour mes étudiants le paragraphe d’introduction cliché d'un article journalistique cliché : « le chercheur X a annoncé hier la découverte Y dans l’université Z ». Ce type d’amorce correspond pourtant parfaitement à ce qui est enseigné dans les écoles de journalisme. Mais à force d’être répété encore et encore, il ne rend pas justice à l’information scientifique. Pire : il lui nuit.

Un scientifique britannique a eu l’idée cette semaine d’aller loin au-delà de ce paragraphe-cliché : il a pondu un article au complet, dans le but de décoder le modèle-type de l’article journalistique. Ou plutôt, le modèle-type de ce que le journalisme ne devrait pas être.

Dans le chapeau, je vais faire un jeu de mots facile sur le sujet, avant de poser une question stupide à laquelle je n’ai aucunement l’intention de répondre : est-ce une importante découverte scientifique? . Dans ce paragraphe, je vais présenter la principale affirmation contenue dans la recherche, avec un usage approprié de « citations qui font peur », afin de s’assurer qu’il soit clair que je n’ai aucune opinion sur cette recherche. . Dans ce paragraphe, je vais brièvement (parce qu’aucun paragraphe ne devrait faire plus d’une ligne) indiquer quelles idées scientifiques cette nouvelle recherche « remet en cause ». . Si cette recherche concerne un traitement potentiel, ou une solution à un problème, ce paragraphe décrira de quelle façon cela donne espoir à un groupe de malades ou de victimes. . Ce paragraphe élabore sur l’affirmation principale, ajoutant des mots-clefs comme « déclare le scientifique », afin de faire porter la responsabilité d’établir la véracité ou l’exactitude des découvertes, sur n’importe qui d’autre que moi, le journaliste.

Martin Robbins, dont le blogue The Lay Scientist est publié par le quotidien londonien The Guardian, poursuit dans cette veine pendant plusieurs autres... paragraphes. À lire pour rire... et pour se questionner.