Saviez-vous qu’un mammifère ne "dure", en moyenne, que deux millions et demi d’années? Saviez-vous que l’orbite de la Terre n’est pas parfaitement régulière? Saviez-vous que ces deux faits pourraient être reliés?

Jan van Dam et ses collègues de l’Université d’Utrecht, aux Pays-Bas, n’auraient jamais cru que leur obscure recherche sur les dents fossilisées de rongeurs puisse faire le tour du monde. Mais c’est l’idée derrière cette recherche qui a retenu l’attention et ce, de deux groupes peu habitués à se parler: les astronomes et les paléontologues.

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Personne, jusqu’ici, n’avait apporté de réponse satisfaisante à ce "cycle" des mammifères: en effet, les fossiles révèlent depuis longtemps que les espèces de mammifères dominent leur niche pendant une moyenne de 2 millions et demi d’années, avant de céder la place à d’autres, voire de carrément disparaître. Pourquoi cela?

À cause des changements dans l’orbite terrestre, affirme dans la revue Nature cette équipe néerlandaise au terme de son analyse de 80 000 dents de rongeurs provenant du centre de l’Espagne et couvrant une période de 22 millions d’années. Les hauts et les bas de ces populations semblent coïncider avec les variations orbitales, qui elles-mêmes entraînent des changements climatiques auxquels ces rongeurs n’arrivent pas à s’adapter.

La Terre n’est en effet pas la boule parfaite accomplissant une ellipse parfaite qu’on a tendance à imaginer. Elle oscille légèrement sur son axe, un phénomène mesuré depuis longtemps. Elle s’incline en fonction du Soleil. Et son orbite connaît d’infimes soubresauts. En langage savant, ces forces portent le nom d’oscillations Milankovitch, et elles peuvent affecter le climat –c’est d’ailleurs là le principal argument de ceux qui nient la gravité du réchauffement planétaire actuel.

Ces variations orbitales conduisent à des cycles climatiques variant entre 1,2 et 2,4 millions d’années (et non pas un siècle, comme le réchauffement actuel!). Or, les périodes d’extinction des rongeurs coïncident avec les moments du cycle où le refroidissement est à son maximum, du moins dans la région étudiée par van Dam et ses collègues.

Reste à voir si on peut en tirer des conclusions pour les autres espèces, ailleurs dans le monde. Du travail en perspective pour les experts en fossiles...

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