Les coupes aux États-Unis dans l’aide internationale entraînent déjà une recrudescence du sida dans certaines parties de la Zambie, rapporte le New York Times.
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Dès le début de son deuxième mandat, en janvier 2025, Trump a démantelé l'USAID, le principal organisme gouvernemental américain dédié à l’aide humanitaire à l’étranger. Le gouvernement a annulé plus de 80 % des programmes de l’organisme, des coupes qui équivaudraient à près de 60 milliards de dollars, dont plus de 6 milliards étaient alloués à la lutte contre le VIH, le virus responsable du sida. Les coupes signifiaient en effet la fin du programme PEPFAR, destiné à lutter contre le VIH, un programme qui aurait sauvé près de 26 millions de vies en deux décennies.
Dans de nombreux pays comme l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, le Mali ou le Sénégal, entre 15 et 66% du budget pour la lutte contre le VIH provenait de PEPFAR. Oxfam America, une organisation qui lutte contre les inégalités et la pauvreté, prévoyait en janvier dernier que les coupes dans l’USAID pourraient faire perdre à 95 millions de personnes l’accès aux soins de santé de première nécessité, et entraîner chaque année 3 millions de morts évitables.
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La Zambie en subit déjà les conséquences. À Mpongwe, par exemple, une augmentation des cas de VIH est observée, rapportait à la fin d’avril le New York Times. Avant 2025, il y avait une nouvelle personne infectée par mois. En janvier, ce furent 28 nouvelles personnes, et autant en février.
Et cela pourrait s’aggraver : les États-Unis demandent un accès élargi aux minerais du pays, en échange d’un nouvel accord pour l’aide au financement de la santé. Les experts craignent que le taux d’infection augmente.
La Zambie avait vécu une crise majeure du sida dans les années 1990, où l’espérance de vie de la population avait presque été divisée par deux, en passant à 37 ans. L’espérance de vie moyenne est, depuis, remontée au niveau initial, soit 67 ans, selon le Times.
Après l’annonce des coupures, le gouvernement zambien est passé en mode urgence, et le programme national du VIH, dirigé par le Dr. Lloyd Mulenga, a dû interrompre de nombreux services, faute de financement.
Par exemple, le test index, auquel on doit 70 % des infections identifiées chaque année, a été supprimé. Cela consistait à tester tous les contacts sexuels d’une personne infectée, et à les traiter si nécessaire. La plupart des travailleurs en santé communautaire, qui s’assurent que les patients prennent leur dose de médicaments, ont perdu leur travail. Des programmes de sensibilisation et d’éducation au virus ont aussi été abandonnés.
Les bébés des mères atteintes du VIH ne sont désormais plus soumis au test génétique après leur naissance, qui permet de détecter le virus. Ils ne peuvent être testés qu’au bout de six semaines, avec un test sanguin moins coûteux. À ce moment, les mères sont parfois déjà parties. La moitié des enfants zambiens atteints du VIH meurent avant l’âge de deux ans, s'ils ne sont pas traités.
Et le phénomène va déborder de la Zambie : selon un rapport préliminaire de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) publié en avril, l’ensemble de l’aide des pays riches aux pays pauvres a diminué de 23% en 2025 par rapport à 2024, et le gros de cette baisse provient des coupes aux États-Unis.
- Adan Cochet




