J'aime acheter de temps à autre des revues nouvelles ou des magazines touchant des sujets dont j'ignore tout. Cela me permet de m'ouvrir à de nouvelles disciplines et à d'autres centres d'intérêt, et de m'émerveiller devant l'ingénosité de mes frères humains qui se passionnent tantôt pour le tatouage, tantôt pour les collections de timbres, soit pour l'histoire médiévale, soit pour le nautisme. Ainsi, j'ai découvert récemment la très belle revue Cabinet , un magazine trimestriel dédié à l'art et la culture, dans lequel on peut lire des articles surprenants sur des sujets fort éloignés de l'actualité. Leur site Web vous offre d'ailleurs quelques exemples de ce qui les intéresse. Non seulement la facture est de premier ordre et les articles y sont fort passionnants, mais elle n'est pas trop chère pour une revue sur papier glacé ! Le dernier numéro porte sur les ombres tandis que d'autres numéros plus anciens étaient consacrés aux nations imaginaires, aux langages inventés, au futur, à l'électricité, etc. Je vous incite donc à y jeter un coup d'oeil par curiosité.

Toutefois ce billet est consacré à une autre revue que je me suis procuré dernièrement : le Bulletin of the Atomic Scientists . Il s'agit de la fameuse publication arborant l'horloge de la fin de monde, et qui affichait à son apparition minuit moins sept minutes. Depuis plus de 60 ans, ce périodique se veut un avertissement constant contre le risque d'annihilation nucléaire, une épée de Damoclès dont nous oublions trop facilement l'existence continue. À d'autres occasions, la fin du monde appréhendée s'est rapprochée ou éloignée de quelques minutes, notamment lors de la crise des missiles de Cuba ou lors de la signature du Traité sur la limitation des armements stratégiques. Aujourd'hui, l'horloge affiche 5 minutes avant minuit. Le numéro que j'ai entre les mains n'est pas spécifiquement dédié au danger atomique, qu'il aborde tout de même, mais plutôt aux diverses autres menaces susceptibles d'entraîner une apocalypse similaire. Ainsi, on y discute des changements climatiques et du réchauffement de la planète, du spectre des nanotechnologies et des pathogènes incontrôlés, et plus généralement, de la possibilité d'une extinction de la race humaine.

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Si la lecture des différents articles, rédigés par des luminaires tels que Freeman Dyson, Martin Rees et Eric Drexler, provoque un malaise certain face à l'avenir qui se dessine à l'horizon, il en ressort néanmoins un point important. Ce n'est pas la technologie mais l'ignorance qui constitue notre plus grande ennemie. Si la technologie nous offre les moyens de nous détruire nous-mêmes, ce n'est pas elle qu'il faut blâmer mais l'apprenti-sorcier qui ne désire s'en servir que pour combler ses désirs sans se préoccuper des conséquences. Bien que la revue semble se préoccuper de sensibiliser d'abord les membres de la communauté scientifique à exercer un plus grands leadership dans l'usage responsable de la technologie, elle n'en est pas moins un appel au grand public pour demander des politiciens et des hommes d'affaires qu'ils accordent une plus grande importance aux questions scientifiques. En effet, depuis une vingtaine d'années, des lobbies industriels s'efforcent de dénigrer l'expertise technique de la communautés scientifique (voir d'ailleurs à ce sujet le billet de notre confrère Normand Baillargeon sur le blogue consacré à la science sceptique), et ce, sans compter l'attitude des politiciens et des chefs d'État qui font passer leur parti pris idéologique par-dessus les avis scientifiques au plus grand mépris de la vérité et de l'intérêt public. Une telle ignorance délibérée me semble difficilement pardonnable. Un livre analyse d'ailleurs cette attitude : On Bullshit (1986, 2005) de Harry Frankfurt, publié en français en format de poche aux Éditions 10/18 sous le titre De l’art de dire des conneries (2006). Ce petit guide d'auto-défense intellectuelle nous enseigne la différence entre le baratin, la fumisterie, la fausseté, la menterie pure et simple, et toutes les autres formes de contrevérités que l'on nous sert avec le plus grand sérieux et le pire sans-gène. Quand il s'agit de ne pas faire de peine à tante Hortense, un pieux mensonge n'est sans doute qu'un péché véniel mais lorsqu'il s'agit de notre environnement et de l'avenir de toutes les espèces vivantes de la planète, l'enjeu est sensiblement différent !

Pour en revenir au Bulletin of the Atomic Scientists , on y trouve un article sur le champignon atomique en tant qu'icône culturelle de notre ère. Même si la guerre atomique semble reculer dans la liste croissante des dangers qui nous menacent, la Bombe demeure plus que jamais omniprésente dans notre inconscient collectif. En effet, le champignon atomique a marqué récemment des séries télévisées telles que 24 et Jericho , dont les images nous montrent les conséquences du terrorisme nucléaire. Et lorsque nous pensons armes de destruction massive, c'est encore aux « munitions de démolition nucléaire » qu'il faut songer. Sans doute que le XXIe siècle nous réservera des surprises autrement plus terribles au chapitre des armes biologiques, toutefois le spectre du feu nucléaire plane toujours sur notre psyché. Le Bulletin of the Atomic Scientists est là pour nous le rappeler.

En passant, Wikipedia offre des pages fort intéressantes sur l'arme atomique et l'holocauste nucléaire dans la culture populaire, des thèmes exploités surtout durant les décennies 50 et 60 mais dont on trouve plusieurs références récentes, ne serait-ce qu'avec un des derniers best-sellers ( The Road , de Cormac McCarthy, publié en 2006) ou même en musique avec Doctor Atomic , un opéra sur Robert Oppenheimer, le père de la bombe atomique.

Nuclear weapons in popular culture : http://en.wikipedia.org/wiki/Nuclear_weapons_in_popular_culture

List of nuclear holocaust fiction : http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_nuclear_holocaust_fiction

World War III : http://en.wikipedia.org/wiki/World_War_III_in_popular_culture

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