Lors de la prochaine conférence de l’ONU sur les changements climatiques, qui se tiendra à Copenhague à partir de la semaine prochaine, des négociateurs mandatés par les dirigeants de différents pays présents tenteront d’adopter des objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES) contraignants. Mais pourquoi est-ce si important de fixer ces cibles? Et surtout, quelle est la cible idéale?

L’adoption de cibles par les pays présents est une étape cruciale qui permettrait d’atténuer le phénomène du réchauffement planétaire. D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) — le groupe scientifique le plus crédible à étudier la question —, la température de la Terre pourrait s’élever, selon le scénario du pire, jusqu’à 6,4 degrés C (au-dessus des valeurs de 1980) d’ici la fin du siècle. Cette hausse pourrait être limitée, avec l’adoption de cibles contraignantes, à 2 degrés C ou moins ce qui permettrait peut-être d’éviter un enchaînement irréversible de catastrophes.

Ces catastrophes sont abondamment documentées. Extinction massive des espèces animales, accroissement de la fréquence des événements extrêmes (ouragans, inondations, etc.) et hausse du niveau des océans. Ainsi, une récente étude du Fonds mondial de la Nature (WWF) et de l’assureur européen Allianz chiffrait les coûts du réchauffement climatique pour 136 grandes villes côtières à 28 000 milliards de dollars.

Quelle est la cible idéale?

Pour éviter de tels scénarios, il faut réduire les GES, affirme le GIEC. Le groupe international Réseau Action Climat (RAC) insiste d’ailleurs pour que les gouvernements adoptent une cible de réduction de 40 %, un niveau qui permettait d’éviter cette réaction en chaîne. Dans d’autres milieux scientifiques, on parle plutôt de 50 à 60 %. Cependant, tous s’accordent à dire que ces objectifs, bien qu’essentiels, sont difficiles à quantifier puisque personne ne peut prédire avec certitude comment se comportera la planète au cours des prochaines décennies sous l’effet des GES.

« Le choix de cibles est en effet très politique. La cible permet à un pays de se distinguer par rapport aux autres, explique Jean-Pierre Blanchet, professeur au département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQÀM. Mais ce qu’il faudrait, c’est couper au maximum nos émissions de GES. Et comme on ne connaît pas encore d’autres sources d’énergie pour remplacer le pétrole, c’est impossible. » Il affirme toutefois que l’adoption de cibles contraignantes est importante pour forcer les gouvernements à agir.

Or, de ce côté, les pays sont loin d’être au même diapason. D’un côté, il y a les leaders qui ont adopté une cible de réduction importante sous les niveaux d’émissions de 1990 (année de référence reconnue mondialement) comme la Suède (moins 40 %), le Royaume-Uni (moins 34 %), la Norvège (moins 30 %), le Japon et l’Allemagne (moins 25 %) et le Québec (moins 20 %). De l’autre, les plus récalcitrants, dont les objectifs sont beaucoup moins ambitieux et qui n’utilisent pas la même année de référence pour faire meilleure impression : le Canada qui parle de réduire ses GES de 20 % d’ici 2020 par rapport au niveau de 2006 (il s’agit en fait d’une maigre réduction de 3 % par rapport au niveau de 1990), les États-Unis qui se sont récemment alignés sur le Canada en proposant une réduction semblable, soit 17 % de leurs GES par rapport à 2005. Et enfin, la Chine qui s’est fixé l’objectif de réduire l’intensité de ses émissions, de 40 à 45 % d’ici 2020. Cet engagement ne résultera pas en une réduction absolue, car la Chine espère produire chaque unité de son PIB avec près de deux fois moins de combustibles fossiles d'ici 10 ans. Bref, on assiste à une véritable cacophonie!