D'ordinaire, ce sont des squelettes d'adultes qui fournissent des clefs sur les premiers humains à avoir mis pied en Amérique. Cette fois, ce sont deux bébés, un mort-né et l’autre décédé à l’âge de six semaines, il y a 11 500 ans. Ils révèlent une branche du « peuple-fondateur » dont on ignorait jusqu’ici l’existence.

Les deux fillettes ont été enterrées en Alaska, dans une région appelée aujourd’hui Upward Sun River. Elles appartiennent à un groupe que la génétique commence à dévoiler depuis quelques années appelé les Béringiens — du nom du détroit de Bering. Il y a 15 à 30 000 ans, il n’y avait pas de détroit et toute cette région était une péninsule reliant l’extrême-Est de la Sibérie à l’Alaska. Mais c’était en même temps une impasse : les glaciers empêchaient de continuer, à pied, vers l’intérieur du continent nord-américain.

À quel moment exactement ces gens ont-ils mis pied dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’Alaska ? Et où se sont-ils installés ? Les spéculations vont bon train, parce qu’il est rare de trouver des restes aussi anciens que ceux de ces deux fillettes. Et elles continueront d’aller bon train parce qu’en attendant, les réponses que la génétique apporte nous renvoient à un passé encore plus lointain et compliquent le portrait : tout d’abord, en conjonction avec les génomes de centaines d’Amérindiens analysés ces dernières années, le génome d’une des deux fillettes (publié le 3 janvier dans Nature) confirme que tous les Amérindiens descendent d’un même groupe qui se serait séparé des autres peuples de l’Asie il y a environ 36 000 ans. Mais ce qu’il y a de nouveau, c’est que ce groupe se serait à nouveau séparé en deux branches il y a 18 à 22 000 ans ; l’une d’entre elles conduisant aux Amérindiens modernes, l’autre au peuple dont faisaient partie ces deux bébés.

Autrement dit, il y aurait eu deux lignées de « Béringiens » à la fin de la dernière ère glaciaire, et on ignore le sort de l’une des deux. L’un des scénarios est que cette lignée s’est éteinte en Béringie tandis que l’autre peuplait les Amériques. L’autre scénario veut que les deux lignées aient migré indépendamment de la Sibérie à l’Alaska, à quelques milliers d’années d’intervalle, et qu’elles aient chacune donné naissance à une « branche » distincte des peuples amérindiens, l’une peuplant surtout le sud du continent, l’autre surtout le nord. Mais il reste encore de grandes zones d’ombre dans ce portrait.