Certains attribuent les inondations actuelles au Québec aux changements climatiques, alors que d’autres réfutent ce lien. Pourquoi ces informations contradictoires ? Au simple fait que les changements climatiques n'affecteront pas toutes les régions de la même façon. Le Détecteur de rumeurs fait la lumière à ce sujet.

1— Les changements climatiques favoriseront les inondations au Canada

Depuis que les cours d’eau ont commencé en avril à envahir villes et villages de la région de Montréal et de l’Outaouais, plusieurs articles de journaux ont souligné que les changements climatiques allaient entraîner plus d’inondations du même type. Pourtant, ce n’est pas tout à fait le cas.

Il est vrai que les études disponibles sur le site du ministère canadien des Ressources naturelles et sur celui du Développement durable, de l’Environnement et de la lutte contre les changements climatiques, confirment un risque d’augmentation du nombre d’inondations à mesure que la température se réchauffera. En effet, les températures plus chaudes favorisent l’accumulation d’humidité dans l’atmosphère, ce qui affecte le cycle de l’eau. C’est pourquoi on s’attend à ce que les épisodes de pluie et les orages soient plus fréquents et même, plus intenses dans la plupart des régions du Canada. Les tempêtes pourraient également durer plus longtemps, puisque le courant-jet (jet stream) pourrait être ralenti. Enfin, la montée du niveau de la mer devrait mener à des inondations plus fréquentes dans les régions côtières.

2— Mais il n’y aura pas plus d’inondations dans le sud du Québec

Toutes les régions ne sont pas concernées également par les risques d’inondations. Par exemple, pour le sud du Québec, les prévisions climatiques du Centre d’expertise hydrique du Québec et d’Ouranos indiquent que les changements climatiques entraîneront moins de neige. Or, comme les crues printanières, causées en bonne partie par la fonte des neiges, sont la principale cause d’inondations dans cette région, on ne s’attend pas à ce que les changements climatiques intensifient le phénomène dans le sud du Québec.

3— La crue actuelle est due à une combinaison de phénomènes météorologiques

C’est une combinaison de différents phénomènes météorologiques qui a mené à la crue exceptionnelle qu’a connu le sud du Québec cette année : température douce qui fait fondre rapidement les importantes chutes de neige hivernales, pluies printanières deux à trois fois plus importantes qu’à l’habitude, mauvais temps qui perdure sur la région. Ces phénomènes ont saturé les sols, forçant l’eau à rejoindre rivières et ruisseaux, ce qui les a fait déborder. Les aménagements urbains fabriqués de matériaux non absorbants, comme l’asphalte et le béton, ont amplifié le phénomène. Des crues printanières exceptionnelles pourront se reproduire dans le futur si des conditions météorologiques similaires à celles de cette année sont à nouveau réunies.

4— On ne peut pas relier un événement exceptionnel aux changements climatiques

Même s’il se dégage des tendances claires du réchauffement climatique à l’échelle planétaire (canicules, sécheresses, pluies plus fréquentes et intenses, etc.), il demeure difficile de relier un événement précis aux changements climatiques. En effet, quoique reliés, la météo et le climat sont deux choses distinctes. Pour savoir si un événement météorologique, à un endroit donné et à un moment précis, est aussi le signe d’un changement climatique plus large, il faut attendre de savoir si cet événement se produira « en moyenne » plus souvent. C’est pourquoi les climatologues ne se prononcent pas sur un événement précis à moins qu’une tendance claire ne se dégage des données recueillies.

Quelques faits sur les inondations

  • Les inondations représentent la catastrophe naturelle la plus importante au Canada. Entre 1900 et 2013, il y a eu près de 300 inondations majeures au pays, ce qui est plus que les désastres dus à la grêle, aux feux de forêt et aux tempêtes de neige réunis.
  • Les villes devront s’adapter. Selon le Bureau d’assurance du Canada, la défaillance des infrastructures municipales serait à l'origine de 60 % des dommages causés par l'eau. Un rapport du Dr Blair Feltmate de la Faculté de l'Environnement de l'Université de Waterloo, publié en mai 2015, allait dans le même sens et accordait une note de B - (B moins) à Montréal et à Toronto pour leur état de préparation et C - (C moins) à la ville de Québec.
  • Les coûts associés aux inondations sont faramineux. Dans un rapport datant de février 2016, le Directeur parlementaire du budget estime qu'en moyenne, en vertu des Accords d'aide financière en cas de catastrophe (AAFCC), Sécurité publique Canada peut s'attendre à des coûts annuels de 673 millions de dollars pour les inondations. Cette somme élevée est en partie due au manque d'assurances contre les inondations au pays. Au Québec, les coûts associés aux mesures d’urgence s’élèveraient en moyenne à 70 millions de dollars par année, peut-on lire dans un article du Devoir.
  • Les personnes sont peu assurées. Selon un article publié cette semaine dans le magazine L’actualité, le Canada est le seul pays du G7 sans programme national d’assurance contre les inondations. Seuls 10 à 15 % des Canadiens possèdent une assurance inondation au Canada. Selon le Bureau d'assurance du Canada, de 2009 à 2014, les pertes assurées reliées à des événements catastrophiques ont été proches ou supérieures à 1 milliard de dollars chaque année et la plupart d'entre elles sont attribuables à des dégâts causés par l'eau.

 

Ève Beaudin