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Une semaine à l'observatoire

Bruno Letarte, le 19 avril 2010, 10h09

À la fin du mois de mars dernier, je suis allé à Sutherland, le site principal de l'Observatoire Astronomique d'Afrique du Sud (SAAO). J'y allais pour observer avec le Infrared Survey Facility (photo), un télescope infrarouge de 1.4m, pour un de mes collègues qui ne pouvait pas s'y rendre. C'était aussi une belle occasion pour moi d'aller pour la première fois à cet observatoire pour voir SALT, un des télescopes optiques les plus grands du monde. Avant de vous donner plus de détails sur cette mission, je vais vous expliquer quelles sont les étapes à franchir avant de pouvoir aller observer.

Infrared Survey Facility au SAAO à Sutherland, Afrique du Sud

À moins d'être un théoricien, il est assez commun pour un astronome professionnel d'aller, quelques fois par année, passer quelques nuits dans un observatoire. Les données ainsi récoltées sont par la suite analysées pour être éventuellement publiées. Le processus se passe généralement de cette façon. On écrit une demande de temps à l'observatoire qui nous intéresse et on espère convaincre les gens qui sont en charge de l'attribution du temps de télescope de l'importance de notre projet. Par contre, il est très commun qu'il y ait beaucoup plus de temps demandé que de temps disponible. Et plus le télescope est gros, plus la demande est grande et plus il est difficile d'obtenir du temps d'observation. Les instituts de recherche du pays où est construit le télescope ont généralement un accès garanti à chaque télescope sur leur territoire et le reste du temps est généralement partagé au prorata du financement des différents partenaires. Donc, les télescopes auxquels on a accès dépendent du centre de recherche où l'on se trouve. D'où l'intérêt d'avoir des collaborations internationales, pour faciliter l'accès à certains télescopes.

Une fois notre demande acceptée, on a un certain nombre de nuits attribuées à notre projet. Une fois rendu sur le site, il y a plusieurs facteurs qui vont déterminer si notre mission va être un succès ou non. S'il pleut, neige, vente fort, ou tout autre problème de la sorte, nous ne pouvons pas observer, le temps est perdu. Il n'est pas rare de rester dans la salle de contrôle toute la nuit et espérer que la température devienne favorable aux observations. Tout peut sembler être bien, mais les conditions de visibilité peuvent être quand même mauvaises. Trop de turbulence, des nuages, ou un problème technique quelconque avec le télescope. Règle générale non écrite, on ne va pas se coucher plus tôt que l'heure correspondant au diamètre de notre télescope. Par exemple, 3h du matin pour un télescope de 3m de diamètre. Avec la nouvelle génération de grands télescopes (8-10m), cette règle ne fonctionne plus!

Quand j'y étais, il y a eu des vents de plus de 120 km/h, un taux d'humidité qui est monté a 100% et un instrument qui ne fonctionne pas. Nous avons passé plus de 4 jours à essayer de réparer le détecteur infrarouge. Une bonne partie des pixels couvrant le détecteur étaient "chauds", c'est-à-dire insensibles à toute mesure. Les instruments utilisés doivent fonctionner dans des conditions bien spécifiques. Dans notre cas, sous vide à une température de 85 K (-188C). Pour essayer de réparer le détecteur, nous avons dû faire un cycle de repressurisation, réchauffement, repos, puis mise sous vide et refroidissement. Tout ça doit se faire sur une longue période, de l'ordre de 24h par étape, pour ne pas endommager l'instrument. Malheureusement pour moi, ça n'a pas suffi, l'instrument n'a pas fonctionné mieux après le traitement. Je suis donc rentré chez moi les mains vides.

Cela dit, tout n'a pas été en vain. J'ai eu une visite guidée du SALT, qui devrait recommencer à fonctionner d'ici quelques mois. En plus, l'observatoire étant à environ 400 km de la ville, j'ai pu visiter un beau coin de pays en moto! Nous avons un service de minivan pour faire l'aller-retour une fois par semaine à l'observatoire. J'aurais très bien pu le prendre, mais c'est quand même assez monotone de voyager comme ça. L'autoroute en ligne droite pendant des heures dans une minivan ou une promenade sur les routes secondaires dans les montagnes, seul sur ma moto, dans le milieu de nulle part, par une belle journée ensoleillée, le choix n'a pas été difficile à faire!

5 commentaires

Portrait de ydutil

Cela me rappelle ma dernière mission au CFHT avec Daniel Devost. On était deux étudiants, ce qui était une première. On a eu dans l'ordre un réseau de diffraction mal alignée, une heure plus tard une panne du système hydraulique du dôme, qui a entrainé une panne par ricochet du système de guidage du télescope. Un banc de brouillard et une panne informatique. Évidemment, en plus les erreurs stupides que tu fait à 4200 m, comme oublier de faire des fentes pour le ciel et systématiquement remonter le porte-masque quand Daniel l'avait dans les mains.

Le réseau fut un problème rapidement réglé car j'avais pris la bonne habitude de faire des plages uniformes sur le ciel. Ce qui fait que l'on a eu le temps de corriger l'erreur avant que la nuit astronomique commence. L'hydraulique ce fut plus compliqué car on ne pouvait pas vraiment réglé le problème nous même. Heureusement, j'ai été inspiré et j'ai eu la présence d'esprit d'observer ma galaxie avec le télescope sans guide juste le temps nécessaire pour préparer mes masques. Je les ai préparé pendant que les techniciens réparaient le tout. Donc, il y a eu un minimum de temps perdu.

Le matin, on partait tellement tard qu'il fallait demander à l'équipe de jour d'attendre que l'on termine la sauvegarde de nos données avant de fermer le système.

Portrait de bruno.letarte

Perdre quelques heures, ca fait souvent parti de la game. Mais une semaine au complet, c'était vraiment une première pour moi. Il n'y avait pas grand chose à faire la bas et on a quand même du essayer de se conditionner à l'horaire de nuit... pour rien finalement.

Portrait de ydutil

Quelques heures sur trois nuits, c'est pas mal de temps perdu quand tu as accès au télescope 3 jours par an. J'ai toujours été chanceux à Mégantic et je ne me suis jamais fait complétement fait laver ou enneiger. Autre anecdote, j'ai déjà passé trois heures à dégeler le dôme et le télescope avant de pouvoir observer et encore cette fois on était deux étudiants seul au télescope. Ma moyenne était de l'ordre de 30% de beau temps sur une période de 5 ans. Mais, d'autres on été moins chanceux. À ma connaissance, la plus longue séquence de mauvais temps pour un étudiant est 28 jours d'affilé à Mégantic!

Portrait de nguimond

Oups! À quand la prochaine visite? Tu seras en priorité à cause des dysfonctions ou pas?
T'as pris des bonnes photos, au moins? :)

Portrait de bruno.letarte

Généralement, le temps est perdu mais parfois il arrive qu'on obtienne du temps pour compenser. C'est du cas par cas, les autres nuits ayant généralement été réservées pour d'autres projets, 365 jours par année.