Me voilà de retour après un peu plus d'un mois d'absence. La coupe du monde de football maintenant terminée, on peut reprendre nos activités normales. La fin de semaine dernière, je suis allé à Sutherland* avec mon club de moto qui y fait chaque année une «ride» d'hiver. J'en ai profité pour parfaire mon cours d'astronomie pour motards en leur faisant visiter SALT, le télescope de 10m du South African Astronomical Observatory (SAAO).

À ma grande surprise, le Sud-Africain moyen est assez au courant de ce qui se passe en astronomie dans son pays. Leur machine de communication et de vulgarisation scientifique porte fruit. En plus d'en connaitre déjà pas mal sur SALT, les gens étaient au courant du projet de télescope SKA, dont l'Afrique du Sud et l'Australie sont en compétition pour déterminer où il sera construit. (voir le texte d'Antoine sur le sujet) Les enjeux de création d'emplois, de développement technologique et de visibilité pour le pays hôte sont assez importants.

L'observatoire de Sutherland est accessible au public pour plusieurs types de visites, de jour comme de nuit et à longueur d'année. L'observatoire a des employés responsables de faire la promotion de l'astronomie dans les médias. Les activités sont annoncées en avance et le public y participe. Même chose à l'observatoire historique, fondé en 1820 au coeur de Cape Town, dans un quartier nommé «Observatory». Les télescopes qui sont encore présents sur le site servent principalement à faire de la vulgarisation scientifique. La majorité des astronomes qui travaillent ici (comme moi) ont dans leur contrat un pourcentage de temps à donner à cette fin. Tous les mois, il y a plusieurs activités organisées, comme des présentations par des astronomes professionnels sur différents sujets scientifiques qui peuvent intéresser le public. Il n'est pas rare de voir plus de 100 personnes participer à ces événements. Après la présentation, on a droit à une visite guidée suivie par l'observation du ciel. Les astronomes amateurs peuvent apporter leur télescope sur le site lors de nos soirées portes ouvertes et les installer à côté des nôtres.

Il y a aussi des soirées d'observation du ciel ou nous allons, armés de petits télescopes portables, au sommet de Lion's Head, au coeur de Cape Town. C'est une tradition de s'y rendre à pied lors de la pleine lune pour aller manger et boire un verre de vin en regardant le soleil se coucher. L'observation du ciel est plus difficile avec la pleine lune, mais il est possible de pointer nos télescopes vers des objets brillants, tel que Jupiter pour y voir ses quatre lunes. Les gens sont vraiment heureux d'avoir la chance de jeter un coup d'oeil dans nos télescopes et l'impact de ce petit coup d'oeil sur leur relation face à cette science fondamentale peut vraiment faire la différence.

Rendre l'astronomie accessible pour tous est une priorité en Afrique du Sud et c'est une bonne façon de combattre l'indifférence d'un gouvernement qui décide par exemple de couper les subventions d'un observatoire. C'est arrivé l'an passé au Canada pour l'Observatoire du Mont-Mégantic (OMM). Heureusement, le gouvernement a dû changer d'idée, en partie grâce à l'offensive médiatique des braves astronomes du Québec et du soutien de la population. L'OMM est finalement resté ouvert. Avoir l'opinion publique de son bord est, comme l'illustre bien cet exemple, très important.

(Photo originale) Des motards de Cape Town, incluant l'auteur de ces lignes, viennent visiter SALT, à Sutherland.

* Sutherland : la neige comme attraction touristique!

Pour les Sud-Africains, le village de Sutherland rime avec deux choses: froid extrême et astronomie. Comble de l'exotisme, on y retrouve parfois même de la neige! C'est d'ailleurs l'attraction touristique principale de Sutherland, entre juin et septembre. Les gens de la région de Cape Town parcourent près de 400 km pour s'y rendre dans l'espoir de voir de la neige. Bien qu'il ne fasse pas vraiment froid comparativement au Québec (il fait rarement en bas de -10C à Sutherland), les maisons ne sont pas faites pour ce genre de température. Chauffage central, isolation, fenêtres doubles, ça ne fait pas partie du vocabulaire qu'on entend souvent ici, à part quand c'est un étranger qui remarque qu'ils n'en ont pas! Même à Cape Town, avec l'humidité et des températures la nuit de 2-3C, c'est pire que mes souvenirs de -20C du temps que j'habitais au Québec.