L’Église catholique de Norvège nage en eaux troubles depuis la semaine passée, après que la police eut débarqué au siège épiscopal d’Oslo pour procéder à une saisie de documents. L’État soupçonne l’Évêque Bernt Eidsvig et deux de ses acolytes d’une fraude de 50 millions de couronnes (8 millions $CAN).

Les groupes religieux en Norvège reçoivent de la part de l’État des subventions proportionnelles au nombre de leurs adhérents. L’Église aurait largement exagéré leur liste de membres en procédant à l’inscription presque systématique des immigrants issus de pays majoritairement catholiques.

Ainsi, Enrique Mora, Costaricien immigré à Trondheim depuis plusieurs années, est devenu membre de l’Église catholique sans jamais en avoir manifesté l’intention: «Autour de 2005, j’ai commencé à recevoir leur magazine de quatre à six fois par année. Je ne l’ai jamais lu, je suis athée!».

L’adhésion à l’Église catholique en Norvège a fortement augmenté au cours des dernières années, passant d’environ 45 000 membres inscrits en 2005 à plus de 140 000 cette année. L’Église catholique romaine est aujourd’hui la deuxième plus grande communauté religieuse du pays, derrière l’Église de Norvège (protestante).

Bien que jusqu’à 67 000 de ces adhésions soient litigieuses, la croissance de l’Église catholique est due en bonne partie au flux de travailleurs migrants, notamment au grand nombre de Polonais qui viennent en Norvège travailler dans différents secteurs nécessitant un surplus de main d’oeuvre.

Cette croissance a permis à certains commentateurs d’inventer l’expression «snikkatolisering» (catholisation sournoise) qui n’est autre qu’une réponse ironique aux obsessions islamophobes de la droite populiste, qui voit dans la société norvégienne un processus d’islamisation sournoise («snikislamisering»).

Notons au passage que la communauté musulmane, s’il en est une, a marqué des points dans l’opinion publique suite aux attentats de Paris et de Copenhague en initiant des chaines humaines autour de différentes synagogues, affirmant ainsi un rejet de l’antisémitisme et un désir de solidarité entre les religions. Ces rassemblements ont réuni à Oslo plus d'un millier de personnes, toutes confessions confondues.

Pour revenir à l’Évêque catholique, il se défend en prétextant l’erreur de bonne foi et «le grand défi» que représentait la mise à jour des listes suite à l’arrivée massive d’un grand nombre d’immigrants baptisés par l’Église catholique. Il est néanmoins passible d’une peine d’emprisonnement de six ans si les accusations de fraude s’avèrent fondées.