Semaine du 28 juin 1999

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L'avenir incertain du transgénique


L
es aliments transgéniques ont-ils un avenir? On est en droit de se le demander, à voir la levée de boucliers qui, en Europe atteint une ampleur que nul n'aurait soupçonné il y a seulement un an -et qui doit sérieusement inquiéter les grands patrons des grandes compagnies américaines.

 

L'Union européenne qui adopte un moratoire sur les aliments transgéniques -ou "organismes modifiés génétiquement". La Grande-Bretagne, où l'inquiétude n'a pas cédé un pouce de terrain depuis février (manchette du 15 février). Une fausse nouvelle, également en provenance de Grande-Bretagne, qui a fait croire pendant quelques jours que le premier clone humain était désormais devenu réalité (manchette de la semaine dernière). Le moins qu'on puisse dire, c'est que les généticiens européens doivent avoir envie de se faire tout petits, par les temps qui courent.

Il y a un an, nous avions été parmi les premiers à insister sur l'aspect platement économique du vaste secteur des biotechnologies. Aujourd'hui, il serait sans doute temps d'insister sur l'aspect platement politique...

Le clonage est évidemment la partie la plus visible: les scientifiques britanniques ont senti le besoin d'intervenir à nouveau la semaine dernière, pour demander au gouvernement qu'il autorise le clonage d'embryons humains à des fins thérapeuthiques -le "clonage thérapeutique", qui consisterait à fabriquer des organes ou des tissus en vue de greffes, à ne pas confondre avec le "clonage reproductif" qui consisterait à produire un nouvel être vivant, comme la brebis Dolly. De toutes façons, soulignent-ils, le clonage reproductif est loin d'être à nos portes: non seulement les chercheurs, à travers le monde, ont-ils besoin de dizaines, voire de centaines d'essais, pour arriver à cloner ne serait-ce qu'une autre brebis, ou une vache, ou une souris, mais de surcroît, des doutes ont récemment émergé quant à l'état de santé de Dolly et des autres animaux clonés (voir manchette du 31 mai).

En revanche, le clonage thérapeuthique promet bien plus: pour ces scientifiques, c'est rien de moins qu'une "révolution médicale" qui nous attend au tournant (la possibilité de transformer des cellules en "usines à organes"), et il ne saurait être question que leur pays reste sur une voie de garage.

Mais leur recommandation aurait tout aussi bien pu être transmise aux murs: devant la violente opposition de l'opinion publique, le gouvernement britannique n'est pas du tout intéressé à montrer quelque intérêt que ce soit au clonage, aussi limité soit-il. Un nouveau comité consultatif vient d'être formé, mais s'il faut attendre qu'il ait terminé ses travaux, les chercheurs britanniques en ont pour des mois.

Les Britanniques -et avec eux, les Européens- sont d'autant plus inquiets que pendant ce temps, aux Etats-Unis, le débat continue d'être pratiquement ignoré du public. La recherche sur les cellules-souches d'embryons -des cellules vieilles de quelques heures, qui ne se sont pas encore spécialisées- base possible de ce fameux "clonage thérapeutique" pourrait même être financée par l'Etat, selon le Wall Street Journal -une chose qui, jusqu'à récemment, semblait hors de question.

Une loi fédérale interdit en effet que des subventions gouvernementales soient utilisées pour des recherches liées aux embryons humains, avec pour conséquence que toutes ces recherches ont été jusqu'ici financées par l'entreprise privée. Mais devant le marché lucratif qui se pointe à l'horizon, certains voudraient bien voir le gouvernement venir ramasser sa part de gâteau.

Pour ces scientifiques, les chose augurent mal, en Europe. Le vendredi 25 juin, l'Union européenne annonçait un moratoire sur ces produits. Au terme d'une rencontre de deux jours, les ministres de l'Environnement de cinq pays (France, Grèce, Danemark, Italie et Luxembourg) se sont engagés à faire en sorte que "les nouvelles autorisations de mise en culture et de mise sur le marché soient suspendues" -ce qui revient concrètement à interdire l'entrée sur le marché des produits étrangers.

Ces pays mettent comme condition à la levée de l'interdit une réglementation "garantissant un étiquetage". Six autres pays de l'UE ont signé un autre texte, qui n'exige pas une réglementation, mais qui place tout de même une condition assez difficile à satisfaire: pour que les aliments transgéniques puissent entrer, il faudra que soit faite la démonstration qu'ils "n'auront pas d'effet sur l'environnement et la santé humaine".

Simple geste politique posé pour satisfaire l'opinion publique? C'est ce que semble croire Libération, lorsqu'elle signale que "la plupart des Etats... considèrent que les OGM sont surtout victimes, dans l'Union, d'une peur irrationnelle. Aucune preuve de leur dangerosité n'a été apportée."

Résultat bizarroïde de ces deux textes: les 18 aliments transgéniques actuellement sur le marché ne seront pas retirés des étalages. Et il suffirait d'une réglementation sans dents sur l'étiquetage, peu importe ce qu'elle impose, pour que l'interdit soit levé.

Reste que les Américains ne seront pas contents, eux qui voient bel et bien un marché plus qu'intéressant se fermer devant leurs yeux.

Et les Canadiens aussi: le 28 juin, des chercheurs de l'Université de Guelph, en Ontario, annonçaient la naissance de porcs transgéniques... qui produiront un purin moins polluant. Comment décemment s'opposer aux manipulations génétiques avec ça?

Les chercheurs français sont, le mot n'est pas trop fort, désemparés. Dans une lettre ouverte publiée par Libération, ils font part de la situation inconfortable dans laquelle tout cela les place: "que la population se pose des questions sur l'utilité, les dangers, les conséquences économiques et sociales" de ces plantes transgéniques, ce sont des interrogations que "le gouvernement doit prendre en compte". Mais en tant que chercheurs, "reste à établir les bases scientifiques de ces interrogations. Et ce n'est certainement pas en détruisant 4000 plants transgéniques, comme cela a été fait au début-juin, que les opposants feront avancer la connaissance...

Bref, le débat, si on peut parler de débat, a pris un tour... de moins en moins scientifique...

 

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