La campagne électorale actuellement en cours au Québec exacerbe le malaise sociétal qui existe entre la volonté de régler certains problèmes viscéraux et la nécessité de mettre en place des actions durables pour assurer un futur meilleur… que disons-nous, un futur tout court !

Les décideurs vivent bien ce malaise, puisque le feu roulant d’une campagne électorale permet difficilement d’expliquer et de faire adhérer près de 8,5 millions de personnes à une vision globale de la société de demain en seulement 39 jours. Pourtant, l’urgence de penser loin inonde autant nos terres habitées que nos salles de classe et nos départements d’urgence. Voilà pourquoi il est nécessaire de nourrir sans cesse la réflexion et de prôner le dialogue collectif bien au-delà de cette campagne où fusent les projets circonscrits dans le temps, limités à quatre ans, soit la durée d’un mandat.

La santé accapare plus de 40 % du budget national. Cette proportion augmente de façon alarmante, compressant les fonds disponibles pour d’autres domaines également vitaux, tels que l’éducation et l’environnement. Continuer ainsi ne fera qu’aggraver le problème et alourdir le fardeau de la maladie et des soins. Comment renverser cette tendance ? La prévention est une solution évidente, mais trop peu exploitée à ce jour. C’est logique : si les Québécois tombaient moins malades, ils auraient moins besoin de soins et ça coûterait moins cher à la société.

Alors que les experts recommandent qu’un minimum de 5 % du budget en santé soit dédié à la santé publique pour assurer une réponse adéquate aux besoins de la population, seulement 2,8 % y sont actuellement investis au Québec. La santé publique, que plusieurs confondent avec le concept de système public de santé, rassemble des professionnels de tous horizons dans le but de prévenir les maladies et améliorer le bien-être de la population, mesurer son état de santé et la protéger des menaces telles que des épidémies. Malgré ces fonctions vertueuses, son budget a été amputé drastiquement en 2015, fragilisant sa capacité à les accomplir. Bien qu’un plan étoffé menant à une meilleure santé à long terme pour la population québécoise ne puisse être partagé en 39 jours, une annonce de réinvestissement en santé publique traduirait au moins la volonté d’agir et de penser réellement aux générations futures.

Quelle est notre vision pérenne d’un mieux-être collectif ? C’est celle de la santé durable. Celle-ci s’attarde aux racines mêmes de ce qui cause les maladies et la concentration de ces dernières chez les plus défavorisés : une éducation de qualité dès la petite enfance, des logements abordables et bien entretenus, l’équité dans les revenus, des parcs qui donnent envie de sortir et de rencontrer nos voisins, des villes qui sont aménagées pour faire bouger ses résidents, etc. Voici notamment les outils qui permettent de développer une société en santé, où les pansements sur les blessures de l’âme et du corps sont de moins en moins nécessaires. En plus de diminuer les coûts en soins, une approche de santé durable permettrait d’économiser à long terme. Par exemple, chaque dollar investi en prévention en petite enfance – dans les CPE, par exemple – permet de sauver jusqu’à 16 $ en soins et services plus tard.

Cette vision se concrétisera lorsque nous penserons la santé au-delà des soins. La santé publique peut nous accompagner dans cette transformation, pour que nous fassions vivre la santé durable au quotidien. Exigeons-la de nos dirigeants ! Joignez nos efforts et demandons un réinvestissement réel en santé durable, peu importe le parti qui sera au pouvoir.

 

– David-Martin Milot, Co-fondateur et membre, Jeunes médecins pour la santé publique (JMPSP)

– Lilianne Bertrand, Présidente, Association pour la santé publique du Québec (ASPQ)

– Isabelle Samson, Présidente, Association des spécialistes en médecine préventive du Québec (ASMPQ)