Voilà plus de trois semaines que je suis à Shanghai et je rentre à Montréal dans quelques jours. Un des avantages de la vie académique, dont j'ai déjà parlé à quelques reprises, je le sais, est que les voyages font partie du boulot. Ainsi, être professeur invité au Département de physique de Fudan Daxue (l'Université Fudan) m'a donné l'occasion de passer un total de deux mois à Shanghai. J'ai déjà discuté de la situation de la science en Chine lors de mon dernier séjour (voir mon ancien billet), mais il reste encore bien d'autres aspects de ce pays fascinant à discuter.

La Chine est avant tout un pays de la démesure. Ce pays, dont la superficie est à peu près égale à celle du Canada, compte plus de 1,3 milliard d'habitants, soit 40 fois la population du Canada et 170 fois celle du Québec. La ville de Shanghai, en incluant les résidants officiels ainsi que les 4 millions de Chinois non déclarés, dépasse les 16 millions d'habitants, soit la moitié de la population du Canada. La province du Zhejiang, voisine de la ville-province de Shanghai et dont peu de gens à l'extérieur de la Chine ont entendu parler, compte, pour sa part, 43 millions d'habitants. Cette litanie, qui tombe sur les nerfs à la fin, permet peut-être de mieux saisir ce point.

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Ma vision de ce pays est certainement limitée, car je n'ai visité que Shanghai et quelques villes environnantes. La Chine que j'y ai vue est prospère, en pleine effervescence et pleine d'optimisme. Ainsi, à Hangzhou, capitale de la province du Zhejiang, on a presque tout reconstruit la ville depuis quelques années. Une telle activité dans un pays dont l'histoire remonte à plusieurs millénaires implique également une destruction massive des villes anciennes. Je ne parle pas ici de villes millénaires — les constructions chinoises sont généralement en bois, ce qui fait qu'elles ne résistent pas plus de quelques centaines d'années, si elles évitent les incendies —, mais de villes aux formes traditionnelles. Ainsi, à Hangzhou, on n'a guère préservé que quelques pâtés de maisons au centre-ville et une dizaine de temples, le reste est passé au pic de démolition. Sous la pression de mouvements de protection du patrimoine internationaux, les gouvernements commencent à réagir afin de protéger certains des joyaux les plus importants. Mais l'appât du gain est important, et il est loin d'être certain que les conservationnistes réussissent à gagner leur bataille. L'optimisme se paye par l'amnésie. C'est un prix que les générations futures risquent de trouver bien élevé.

En dépit de ces problèmes, il reste qu'on retrouve en Chine une envergure qui nous manque cruellement au Québec. Cette petitesse est particulièrement frappante au niveau de l'architecture quand on compare avec ce qui se construit présentement dans les grandes villes chinoises. On n'a qu'à regarder le manque d'imagination reflété par les édifices publics qui marquent Montréal pour comprendre. Comme se fait-il que la construction de ces buildings ne fasse pas systématiquement l'objet de concours international et de débat sur leur intégration dans un plan visant à donner une couleur unique à notre métropole? Ainsi, l'Université de Montréal s'apprête à mettre sur pied un nouveau campus sur le site de l'ancienne gare de triage d'Outremont dont les coûts de développement, qui s'étendront vraisemblablement sur quelques décennies. Ce projet situé au coeur de la ville devrait faire l'objet de débats vigoureux et être lancé par un grand concours de design international qui permettrait de lui donner l'ampleur voulue. Au contraire, l'Université veut faire vite et s'installer en catimini, avec des plans ternes et sans vision afin de ne pas attirer l'attention des gouvernements. Quel contraste avec cette Chine, qui n'est pas parfaite, loin de là, mais qui ose avec une fronde que j'envie!

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