Deux chercheurs canadiens affirment que le coût d’évaluation de certaines demandes de subvention est plus élevé... que la subvention elle-même.

On parle ici des « petites » subventions, celles de 30 000$ qui sont attribuées à la poursuite d’une découverte (direct baseline discovery). D’après ces deux chercheurs, dans ces cas-là, le coût d’évaluation de cette simple demande de 30 000$ est de... 40 000$.

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L’étude de Richard Gordon, de l’Université du Manitoba, et de Bryan Poulin, de l’Université Lakehead, va toutefois au-delà de cette analyse financière pour passer en revue divers problèmes inhérents au financement de la recherche et aux obstacles qu’un financement —à leurs yeux déficient— pose pour le recrutement d’une relève. Mais ce sont ces deux chiffres qui ont bien davantage retenu l’attention.

D’autant que la solution paraît simple : « le gouvernement canadien, écrivent-ils, pourrait instituer des subventions directes pour 100% des candidats qualifiés », autrement dit, sans avoir à passer par un jury. « Nous anticipons que le résultat net serait une meilleure recherche, puisque davantage de recherches seraient entreprises au stade de la découverte. »

Mais le contrôle de qualité, demanderont les critiques? Il est déjà assuré, répondent les auteurs, « à travers l’embauche universitaire, la promotion et les étapes vers la permanence, les révisions des journaux scientifiques et des travaux soumis, et le processus de brevet ». Autrement dit, inutile d’ajouter une étape de « vérification » pour des subventions de ce type, mineures par rapport à la « grosse recherche » qui nécessite des sommes pas mal plus importantes.

À travers cet exemple, c’est de toutes façons à l’ensemble du système des subventions que s’en prennent les deux auteurs, et à son évolution récente. En exigeant de plus en plus de contrôles et en instaurant de plus en plus de critères (un livre vient également de paraître à ce sujet au Québec), le système handicaperait l’innovation, pousserait des jeunes à abandonner en les forçant à suivre des pistes de recherches qu’ils ne souhaitent pas, et pousserait même à abandonner un plus grand nombre de femmes que d’hommes —parce qu’il découragerait celles qui voudraient se ménager un espace pour leur famille.

Pascal Lapointe

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