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Logement social: un nid pour tous

Isabelle Burgun, le 18 mai 2006, 23h00

(Agence Science-Presse) Le manque criant de logement social fait la Une à chaque fois que revient le mois de juillet et la nécessité pour des milliers de familles de se loger à bas prix. Deux mois avant ce pic d'intérêt, des chercheurs s'étaient réunis au congrès
de l'ACFAS pour échanger sur l'évolution de ce mode d'habitation.

Tout d'abord pour partager les connaissances.
"Nous ne possédons pas une connaissance raffinée
de la qualité de ce parc immobilier. De plus, le
logement de 2006 n'est pas celui des années'70.
La fonctionnalité a évolué vers un
lieu de consommation, de divertissement, de travail",
relève Denis Robitaille, directeur général
du Regroupement des offices d’habitation du Québec.

Et pour rappeler que le logement social,
réclamé à corps et à cri par
de nombreux groupes d'intérêt, s'avère une réalité bien hétérogène,
dans le bâti, les clientèles et bientôt
les besoins. Une réalité qui pourrait s'éclater
encore plus, depuis que le gouvernement a annoncé
son intention de réserver 2000 places aux personnes
âgées en manque d'autonomie, pour combler
un manque d'hébergement dans le réseau CHSLD.
Une volonté politique qui faisait grincer bien
des dents dans l'assemblée. "Il s'agit d'une
réorientation sans débat public. Et si on
s'insurge contre ça, on va nous accuser de ne pas
vouloir intégrer les gens", s'exclamait Claude
Majeau, représentante d'une association de locataires de HLM.

Si chacun rappelait combien les listes d'attentes
témoignent d'un cruel manque de places, les commentaires
sanctionnaient surtout l'incompréhension des politiciens.
" La volonté politique est d'éviter
l'engorgement mais la réalité est plus complexe ",
rappelle Yves Vaillancourt politologue et professeur à
École de travail social de l'UQAM. Les aînés
forment l'essentiel des locataires des logements sociaux.
Une clientèle vieillissante dont les besoins tendent
vers toujours plus de prise en charge, de soutien, de
soins... entraînant d'inévitables transformations du milieu de vie.

État des lieux

Lancé en 1969, le programme de financement,
de réalisation et d'exploitation du logement public
a bâti en 35 ans un parc québécois
qui rassemble aujourd'hui 8 500 bâtiments.
Ce qui reste modeste : seulement 5% du parc locatif
total. Le parc affiche même un certain vieillissement.
Essentiellement construits entre les années '70
et 1997, les 3/4 des immeubles ont plus de 20 ans. Un
bilan de santé est d'ailleurs en cours.

Il est toutefois difficile de cerner avec
précision le nombre de logements sociaux. Mr Robitaille
avançait le chiffre de 61 114 logements pour
l'ensemble du Québec, tandis que François
Renaud de la Société d'habitation du Québec
parle de 62 613 logements. Une grande partie (45%)
serait des immeubles constitués de 20 logements
et moins. Une situation qui diffère par là
même des États-Unis. "Nous sommes bien
loin des images des ghettos des grandes tours de logements",
rassure Denis Robitaille. Bien que financés par
trois paliers de gouvernement (ville, province et fédéral),
ces HLM naissent le plus souvent de la volonté
municipale. Leur gestion assez complexe rassemble administrateurs
—"dont beaucoup de personnel à temps partiel"—
locataires, bénévoles. Lors de son allocution,
De la poignée de porte à la poignée
de main, le directeur de la Régie des offices
d’habitation du Québec avançait même
: "la gestion des offices d'habitation n'est pas celle
des immeubles mais plutôt celle d'un milieu de vie".

Les différentes clientèles qui cohabitent dans les logements sociaux résultent
de l'histoire même du logement social du Québec.
Au début, dans les années'70, ce mode d'habitation
a émergé pour servir les familles. Puis
dans les années '80, l'attention s'est portée
sur les personnes âgées et plus récemment,
sur les personnes seules, en 1991. Il en résulte
que les aînés forment 55,8% de la clientèle
(34 928), suivis par les familles avec 42,5% (26 613),
puis les personnes seules (611) et les personnes âgées en perte d'autonomie (455).

"Il n'y a pas de profil fiable",
relève pourtant Denis Robitaille, rapportant des
données d'une étude de la région
de l'Estrie. "Les familles sont souvent constituées
de personnes seules avec enfants (69% de monoparentales)
et les aînés, essentiellement des femmes
(68%) ont une moyenne d'âge de 76 ans."

Derrière la porte

Reste qu’en dépit de leur mission
hybride, à la fois sociale et économique,
les HLM demeurent principalement axés sur l'accessibilité
à l'habitation, tel le partage des coûts
entre le locataire et le système public. Un abri
pour les plus nécessiteux, ce que les spécialistes
du milieu nomment "l'habitat refuge". Cet axe cohabite
avec un autre, celui de "l'habitat tremplin" encourageant
le développement social et communautaire, la participation
des résidents à la gestion, les passerelles
avec les autres réseaux publics : éducation, emploi, santé, etc.

Ce mode d'habitation "doit s'adapter
aux changements, notamment démographiques (taille
des ménages, répartition géographique,
vieillissement de la clientèle) et au fait que
la gestion se complexifie alors que le parc de logement
vieillit", relève François Renaud de la SHQ.

Il s'avère important de penser aux
locataires et pas seulement en terme de logements ou d'immeubles.
"Les locataires en place doivent être aidés
à bien vieillir. Il faut aussi que soit maintenu
un développement de clientèle diversifiée
pour maintenir une dynamique de voisinage, une vie de
quartier", rappelait Martin E. Wexler de la ville de Montréal. La mission du logement social, c'est aussi cela.