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Les débrouillards

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Vous êtes l'intestin numéro 3

Agence Science-Presse, le 28 avril 2011, 9h42

(Agence Science-Presse) Encore une étude qui tente de dresser notre arbre généalogique par nos gènes. Ou plutôt, par les gènes des bactéries... de nos intestins. Toute l’espèce humaine, résumée en trois familles dont vous ne soupçonniez même pas l’existence!

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© Sebastian Kaulitzki | Dreamstime.com Y a un petit peu de vous là-dedans!

- Vous êtes bien fier de vos gènes? Un peu d’humilité, s.v.p. : ils ne représentent qu’une fraction de ce qui grouille dans votre corps. Selon une estimation récente, les cellules de « vos » bactéries sont dix fois plus nombreuses que vos cellules humaines.

- L'ensemble de ces gènes s’appelle le microbiome.

- Ces bactéries, est-il besoin de le rappeler, sont pour la plupart non seulement inoffensives mais en plus, indissociables du bon fonctionnement de votre corps.

- Les trois familles, ou trois branches, ou trois écosystèmes qui viennent d'être découverts, sont pour l’instant nommées bactéroïde, prévotella et ruminococcus, du nom des espèces microbiennes dominantes dans chaque groupe.

L’écosystème qui grouille dans nos intestins se résumerait en effet à seulement trois familles, peu importe où l'on habite sur la planète, ce qu'on mange ou qui sont nos ancêtres. Et la découverte, rapportée dans l’édition du 20 avril de Nature, surprend les experts eux-mêmes : ils s’attendaient à des parentés, certes, mais pas à aussi peu de variété.

Et il y a une autre raison pour laquelle la découverte surprend : lorsque, ces dernières années, on s’est mis à décoder les gènes de « nos » bactéries, on s’est vite aperçu que pas une seule personne n’avait exactement la même population grouillant en elle. Autrement dit, après les empreintes digitales, on pourra peut-être un jour distinguer deux personnes par leur population bactérienne.

Mais, et c'est la clef de cette nouvelle étude, il y a tout de même des points communs à toutes ces bactéries, d'où ces fameuses trois familles.

Appelons ça la mondialisation des intestins. Ou les citoyens intestinaux du monde. Selon Manimozhiyan Arumugam et Jeroen Raes, du Laboratoire européen de biologie moléculaire, il semble n’y avoir que trois façons par lesquelles, lorsque leur « hôte » humain arrive à l’âge adulte, ces bactéries construisent leurs communautés.

Ces trois groupes, qu’ils ont appelés entérotypes, se retrouvent chez les 22 Européens et les 13 Japonais dont ils ont prélevé l’ADN, ainsi que chez 154 Américains étudiés précédemment. L’ADN humain des participants diffère, lui, dans les proportions auxquelles on s’attend; mais l’ADN bactérien transcende toutes les frontières.

En quoi cela peut-il nous affecter? Par exemple, a-t-on affaire à une division qui pourrait s’apparenter aux groupes sanguins? Personne ne peut répondre à cette question pour l’instant, tant ces « entérotypes » restent à définir. On sait par exemple que les bactéries de l’intestin nous aident à digérer : une des familles pourrait-elle être liée à certains désordres alimentaires, à des intolérances, à des allergies ou même à un risque accru d'obésité? Déjà, des microbiologistes sont sur les dents.