La recherche… c’est pour les cinglés ! Plus de dix années d’études, plus d’heures de travail qu’on ne peut en compter et pas le salaire d’une star de ciné... Les chercheurs m’inspirent un profond respect. Il faut être passionné et déterminé pour consacrer tant années de sa vie à l’étude et la compréhension d’un mystère. Grâce à leur implication et à leur travail, ils lèvent peu à peu le voile qui recouvre notre univers, notre histoire et nous (merci à eux).

La quantité de données et d’information produite par les scientifiques est colossale. Chaque année, plus d’un million d’articles sur des sujets variés sont publiés dans les différentes revues scientifiques. Bien que la plupart de ces publications nous concernent directement, les informations qui s’y trouvent se révèlent aussi intéressantes qu’inaccessibles, et ce, pour deux principales raisons.

D’abord parce que la recherche est aussi un business et la plupart de ces articles sont coûteux. Certains laboratoires et universités peinent à payer les droits d’accès à ces données qui sont pourtant indispensables à leur travail. Des scientifiques luttent aujourd’hui pour changer la situation, en diffusant eux-mêmes leurs travaux ou en utilisant des plateformes de partage gratuites. Envie de vous essayer à la lecture d’un article scientifique ? Le site de la Direction des journaux en open access permet d’en trouver gratuitement et sur de nombreux sujets.

Mais pour le moment il est peu probable que demain, vous et moi, puissions parcourir simplement les pages des derniers articles scientifiques sur les dangers des nanotechnologies ou le développement des énergies renouvelables... Ces articles, les plus « importants », restent confinés dans des revues payantes, à 35 $ l’accès à chaque publication.

D’autre part, même si l’article devient accessible, un autre obstacle de taille se dresse : pouvoir le comprendre. Le chercheur n’écrit pas pour le public, qui est pourtant le principal intéressé et, souvent, son principal financeur. Il écrit dans une sphère scientifique, pour les autres experts de son domaine. Il présente le fruit de son travail, basé sur les travaux des précédents spécialistes, qui servira lui-même d’élément pour les prochaines recherches. Quand un neurologue étudie le cerveau, il ne le fait pas à l’aveuglette. Il s’appuie sur des études et des observations réalisées par d’autres neurologues, passés ou contemporains.

Le souci est qu’entre eux, les scientifiques ne font pas ou peu de vulgarisation. Ils emploient un vocabulaire très spécifique et, surtout, sans traduction. Si certains chercheurs font de la vulgarisation leur priorité, comme Hubert Reeves, célèbre astrophysicien franco-canadien, ce n’est pas le cas pour la plupart. Le temps est une ressource précieuse dans la recherche et écrire à destination d’un public non spécialisé est un tout autre métier.

De par sa formation et son carnet d’adresses, le journaliste scientifique campe un rôle très important : un pied dans les laboratoires et un autre dans la société, il fait le lien entre les deux. Durant son travail, il analyse ses lectures et contacte des experts quand cela est nécessaire. Il sait synthétiser l’information et la retranscrire.

Mais le journaliste scientifique n’est pas qu’un perroquet intelligent. Rapporter la dernière découverte d’un laboratoire, c’est bien, mais la contextualiser, c’est mieux. Selon moi, un bon journaliste sait prendre du recul avant d’écrire. Évidemment, il doit s’assurer de la véracité de ses propos, mais ce n’est pas suffisant. Quel impact aura cette nouvelle technologie sur la société ? Dans quelles conditions cette découverte a-t-elle été réalisée ? Quelles en sont les origines ? Le travail du journaliste est de trouver les questions pertinentes sur les sujets qu’il traite, puis de tenter d’y répondre.

J’ai passé plus de dix années de ma vie plongé dans les sciences. J’y ai appris à les lire et à les comprendre. Bien que les neurosciences et la génétique soient mes petites préférées, j’écris aujourd’hui sur (presque) toutes les disciplines. Tous les jours, je lis, j’écoute et je réfléchis, c’est le gros de mon travail. Quand je me sens prêt et motivé (par l’urgence, le plus souvent), j’écris. Alors, je couche sur le papier, un mélange entre l’information récoltée et la réflexion qui l’accompagne. Si je devais me donner une ligne de conduite en tant que journaliste, ce serait : rester objectif, autant que faire se peut, et être un peu plus qu’un simple rapporteur.