Alors qu’un virus est censé infecter une cellule à la fois, on vient d’en observer un qui distribue ses gènes en huit segments, chacun capable d’infecter une cellule différente.

Il faut rappeler qu’au contraire d’une bactérie, qui est un être vivant complet, un virus ne « vit » que s’il infecte un autre être vivant. Il s’introduit dans une cellule et lui impose son propre bagage génétique — entraînant ainsi la fabrication de copies de lui-même qui iront infecter d’autres cellules.

Or, le petit nouveau, FBNSV (Faba bean necrotic stunt virus) ne semble pas suivre les mêmes règles. Selon une équipe de trois institutions françaises et de l’Université de Montpellier, ce « virus multipartite » a pour particularité d’avoir un « génome segmenté » : les huit segments peuvent non seulement exister indépendamment, dans des cellules distinctes, mais en plus, travailler de concert pour infecter le reste de l’organisme. Les chercheurs décrivent dans la revue eLife ce « mode de vie » comme étant une première en virologie, tout en soulignant qu’un tel virus pourrait exister ailleurs, chez des espèces encore à découvrir. En particulier chez des plantes — le FBNSV attaque des légumineuses.

Pour travailler de concert, il a fallu que ces huit segments se dotent d’un moyen de communication pour savoir, littéralement, qui fait quoi. Cela prend la forme d’un « réseau » relié par des protéines qui voyagent d’une cellule à l’autre avec les instructions nécessaires pour la fabrication des nouvelles « copies ». L’idée de protéines qui se déplacent d’une cellule à l’autre ou même d’une partie de la plante à l’autre n’est pas nouvelle pour des biologistes : le bon fonctionnement de la plante en dépend. Mais c’est ici l’idée d’un réseau fonctionnel pour un « corps étranger », soit le virus, qui surprend, et qui ouvre à la virologie de nouvelles perspectives.