La saga du MON 810 continue. Les principales organisations de producteurs de maïs en France ont fait appel au Conseil d’État contre l’interdiction du MON 810 décrétée récemment par le gouvernement.

Pour ceux qui n’ont pas suivi les péripéties de l’affaire, il s’agit d’un parfait exemple où des décisions qui devraient se faire sur la base de la science sont à la merci de considérations politiques et électorales.

Le MON 810 est une variété de maïs génétiquement modifié qui, comme son nom le suggère, a été développée par la compagnie Monsanto. Ce maïs contient un gène, le cry1AB, dérivé du Bacillus thuringiensis, une bactérie naturellement présente dans le sol. L’introduction de ce gène amène la plante à sécréter une protéine qui la protège des attaques de la chenille de la pyrale du maïs, un ravageur périodique. Sa culture a été autorisée par l’Union européenne en 1998, mais, depuis, un nombre de pays membres, dont la France, ont invoqué la «clause de sauvegarde» pour empêcher son introduction sur leur territoire. Dans le cas de la France, l’interdiction de la culture du MON 810 s’était faite en février 2008, malgré les avis scientifiques des autorités compétentes. À l’époque, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui avait été chargée par la commission européenne d’évaluer les arguments du gouvernement français, avait déclaré que «…la culture du MON 810 ne donnera pas lieu à des effets indésirables sur la santé humaine, animale ou pour l’environnement». Dans un avis public, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) avait déclaré: «… les maïs portant l’événement de transformation MON 810 et leurs produits dérivés présentent le même niveau de sécurité sanitaire que les variétés de maïs conventionnelles et que leurs produits dérivés.»

En septembre 2011, la Cour de justice européenne avait déclaré que les données scientifiques ne justifiaient pas l’invocation, par la France, de cette «clause de sauvegarde». En novembre 2011, le Conseil d’État français s’est lui aussi prononcé contre l’interdiction du MON 810 en déclarant que la clause de sauvegarde n’était applicable «… qu'en cas de nocivité –pour l’humain ou pour l’environnement –avérée, ce qui n’a pas été démontré». Malgré tout, campagne électorale oblige, le gouvernement français vient de publier un arrêté interdisant à nouveau la culture du MON 810. En réaction, les principales associations de producteurs de maïs ont déposé un recours de Conseil d’État contre cette interdiction. Elles estiment que celle-ci «… ne repose sur aucun élément scientifique sérieux et que les producteurs de maïs impactés par la pyrale subissent un réel préjudice économique.»*

Il ne fait pas de doute que les OGM dans l’agriculture sont associés à certains risques. Il ne s’agit pas de risques pour l’humain; les données sont claires à ce sujet. Par contre, comme dans les cas de n’importe quel autre aspect de l’agriculture industrielle qui sont devenus la norme dans les pays occidentaux, il y a des risques pour l’environnement, surtout du point de vue du développement de la résistance et de la biodiversité. Mais ces risques doivent être évalués, non de façon isolée, mais par rapport aux pesticides que les OGM remplacent; des pesticides dont les propriétés sont beaucoup plus problématiques. Par exemple, deux études publiées récemment indiquent que les néonicotinoïdes, une famille d’insecticides utilisés à grande échelle à travers le monde, ont des effets néfastes sur les abeilles domestiques et les bourdons sauvages. Ce que ces études ont d’intéressant, c’est que les effets délétères ont été observés dans des conditions similaires à celles auxquelles les insectes sont exposés dans la nature. En comparaison, pour le maïs OGM, les études en champs indiquent qu’il représente peu de risques pour les insectes non ciblés.**

Pour ceux que cela intéresse, et j’espère que vous serez nombreux, vous trouverez sur notre site Web une conférence que j’ai donnée récemment devant des producteurs de semences du Québec. Elle couvre les risques et les avantages des OGM. Je vous invite à la consulter sur notre site Cool. Je tiens à vous assurer que je ne me présente à aucune fonction politique et que ma présentation est seulement basée sur la science.

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* Il est à noter que le MON 810 est cultivé dans de nombreux pays, y compris le Canada, depuis plus de quinze ans, sans aucun des problèmes que le gouvernement français met de l’avant pour l’interdire.

** Les néonicotinoïdes sont particulièrement efficaces contre les pucerons, un terme qui regroupe plus de 250 espèces différentes, y compris celle du phylloxéra qui a détruit les vignes françaises au 19e siècle. Mais à cause des effets délétères des néonicotinoïdes sur l’environnement, les scientifiques sont à la recherche de moyens de contrôle plus écologiques. Là encore, la solution pourrait passer par le génie génétique et par la menthe poivrée, qui produit un répulsif naturel, le farnésène. Une molécule qui, chez le puceron, agit comme phéromone d’alarme pour signaler la présence d’un prédateur. Des chercheurs britanniques ont isolé dans la menthe poivrée le gène qui produit le farnésène et l’on introduit dans du blé, ce dernier étant particulièrement vulnérable aux attaques des pucerons. De plus, non seulement la phéromone repousse les pucerons, mais elle agit comme phéromone d’attraction pour la guêpe parasite. Celle-ci est l’ennemie naturelle des pucerons. Si les tests sont concluants, cela sera la première fois qu’une phéromone agit comme un pesticide.