Le Musée de la civilisation du Québec a confirmé lundi l’authenticité du gibet ayant servi à exposer la dépouille de Marie-Josephte Corriveau à la suite de sa pendaison pour le meurtre de son second époux en 1763. Le corps de la «sorcière» a été offert à la vue de la population de Lévis pour 40 jours suivant le jugement relevant du Régime anglais. Cette cage, un artefact disparu depuis le XIXe siècle et retrouvé par hasard au Peabody Essex Museum de Salem, faisait l’objet d’études depuis 2013 par le Musée de la civilisation et la Société d’histoire de Lévis.

La veuve qui a engendré de multiples légendes – on lui attribue jusqu’à sept meurtres – était une des 11 enfants de Joseph Corriveau et Françoise Bolduc. Seule descendante du couple d’agriculteurs de Saint-Vallier, sur la rive sud de Québec, à avoir survécu jusqu’à l’âge adulte, on devine qu’elle a subi les effets de l’extrême pauvreté qui caractérisait les familles à l’époque. Difficile de dire, à deux siècles et demi des faits, si elle était bien coupable de la mort de son mari, retrouvé dans sa grange avec des blessures pouvant s’apparenter à des coups de hache… ou de sabots. Chose certaine, cette pauvre femme n’était pas la sorcière qu’on a dépeinte dans la légende.

La lutte à la sorcellerie a fait des ravages au Moyen-Âge et la Corriveau est probablement la dernière Québécoise à avoir payé le prix des superstitions enracinées dans les imaginations. « La superstition au sens classique du terme est moins présente autour de nous de nos jours, mais sa version plus moderne est, elle, encore très vivante », signale Serge Larivée, professeur au Département de psychoéducation de l’Université de Montréal et auteur de Quand le paranormal manipule la science, publié chez MultiMondes en 2014.

Pour lui, la publication périodique de chroniques astrologiques dans les journaux par ailleurs crédibles et sérieux est une démonstration de cette persistance des croyances qui n’ont aucun fondement scientifique. « Pure aberration », résume-t-il. D’autre part, des auteurs publient actuellement chez des éditeurs professionnels des livres faisant la promotion du paranormal. « Je viens de terminer la lecture d’un livre intitulé Demande et reçois. Pure niaiserie! », lance M. Larivée.

Un autre livre du même ordre, intitulé Le secret, prétend que la pensée a un effet sur la matière. Par exemple, lorsque vous pensez très fort à une place de stationnement devant l’entrée du centre commercial, elle se libérera comme par enchantement à votre arrivée… « Aucun champ de connaissance n’est à l’abri des pseudoscientifiques », écrit Serge Larivée dans son introduction. Mais les sciences humaines et sociales sont un « terreau particulièrement fertile » pour les charlatans.

Si on ne risque plus, en 2015, de voir notre squelette être exhibé publiquement après pendaison pour avoir fait usage de sorcellerie, on pourra bientôt apercevoir au musée l’objet macabre qui a servi à exposer le cadavre de la dernière sorcière du Québec. Comme « construction sociale », cette sorcière nous parle encore.

Le groupe musical Mes aïeux prévient les passants, dans La corrida de la Corriveau, que son âme est encore là :

Si vous passez une nuit Sur la côte de Lévis Et qu’il vous semble entendre un arbre qui gémit Gardez les yeux par terre Et faites une prière Car la Corriveau se balance toujours dans sa cage de fer

Mathieu-Robert Sauvé