« Allahu akbar! » ont crié les assassins de Paris avant d’ouvrir le feu sur des hommes et des femmes désarmés au Bataclan, tuant 89 personnes, le 13 novembre 2015. Allahu akhbar; « Dieu est le plus grand! »

Dans un pays qui a résolument pris la voie de la laïcité depuis deux siècles et demi, la violence des attentats rappelle la force politique de la religion en ce début de troisième millénaire. Compte tenu des déséquilibres qu’elle provoque et du sang qu’elle fait couler, la religion est-elle vraiment nécessaire au genre humain? Peut-on se passer des dieux?

« Malheureusement, non. L’humanité ne semble pas pouvoir se passer de surnaturel. C’est plus fort qu’elle », répond l’anthropologue Daniel Baril, qui a fait paraître, en 2006, La grande illusion chez MultiMondes. Dans cette version simplifiée de son mémoire de maitrise déposé à l’Université de Montréal, il analyse les prédispositions naturelles qui amènent les humains à créer du surnaturel. Opium du peuple pour Karl Marx et névrose de l’humanité pour Sigmund Freud, la religion serait en réalité une illusion rassurante pour les mortels que nous sommes. Elle aurait même une base évolutive selon certains penseurs; en créant des dieux, les groupes humains auraient fait preuve d’une plus grande cohésion sociale. Depuis Cro-Magnon, l’esprit humain veut croire. « Si le surnaturel répond aux questions existentielles de l’être humain, c’est que cet être a en lui une propension à penser le monde de cette façon, c’est-à-dire à créer du surnaturel; sinon, il se satisferait des explications matérialistes et la morale humaniste suffirait à guider sa conduite », écrit l’auteur.

Les individus sont nombreux à s’affirmer athées ou agnostiques, ce qui montre que certaines personnes peuvent se passer d’un dieu, mais les collectivités semblent se rallier massivement à un ensemble de divinités, explique Baril en entrevue. Et ce, depuis la nuit des temps. « Le problème vient du fait que nous avons une vision anthropomorphiste de la nature; le surnaturel – et par extension l’idée de Dieu -- n’est donc jamais loin », commente le militant engagé depuis plus de 30 ans au Mouvement laïque québécois.

Bien entendu, il ne faut pas mettre dans le même sac les terroristes de Daech et les simples croyants qui appliquent dans leur vie quotidienne les rituels de l’islam; cet « amalgame » qui peut mener à l’islamophobie. « C’est vrai, tous les musulmans ne sont pas terroristes. Cela dit, tous les islamistes sont musulmans », souligne M. Baril, appelant à une vision lucide de la situation actuelle. « Les tueurs se réclament d’une religion et d’un dieu. C’est au nom d’Allah qu’ils provoquent le chaos et la terreur. Le nier, c’est taire la plus stricte réalité. »

Quand on lit des extraits du Coran, ce que Baril a fait, on voit assez vite qu’ils sont mal adaptés à notre époque! Une vision littérale et intégriste du livre appelle à la guerre sainte, mais c’est une lecture anachronique. Le mot « jihad » lui-même peut se traduire par « lutter avec vos biens et vos âmes » ou par « faites un effort dans le chemin de Dieu ». Mais, partout où il en est question dans le Coran, c’est pour parler de lutte armée, ajoute le diplômé en anthropologie.

Les attentats de Daech montrent véritablement le pire visage de la pensée religieuse. « Il n’y a qu’un moyen de combattre cet obscurantisme, c’est en développant l’esprit critique. Or, ce n’est certainement pas à l’école que ça va se passer. L’enseignement des cours d’éthique et culture religieuse ne fait que contribuer à la confusion », estime le penseur qui a maintes fois pris position sur la scène publique en faveur de l’abolition de ce cours.

Mathieu-Robert Sauvé