Quantique-Mythes-2.png

Qu’on parle de guérison ou de croissance personnelle, les partisans des pseudosciences sont nombreux à invoquer la physique quantique pour justifier leurs croyances. Or, le Détecteur de rumeurs a constaté que certains concepts sont utilisés à toutes les sauces.


À travers cette série spéciale de 8 articles sur les mythes du quantique,
le
Détecteur de rumeurs distingue le vrai du faux dans ce qu’on sait et ce qu’on ignore. 


La physique quantique est très cartésienne et précise, mais en même temps, elle inspire un certain étonnement, soulignait le physicien français Julien Bobroff dans une vidéo publiée sur YouTube en 2024. De plus, la physique quantique a plusieurs caractéristiques qui la rendent propice à une mauvaise compréhension: la complexité de ses règles mathématiques, le comportement contre-intuitif des particules et les différentes interprétations qui sont toujours sources de débats, résumaient en 2014 des chercheurs italiens dans un article analysant les croyances entourant la physique quantique.

La tentation est donc forte, pour les partisans des pseudosciences, d’avoir recours à la théorie quantique pour donner de la crédibilité à leurs prétentions. Voici 4 exemples de concepts de physique quantique mal compris par les auteurs New Age.

1) La dualité onde-particule

Abonnez-vous à notre infolettre!

Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!

La physique quantique a démontré que la lumière et la matière présentent parfois les propriétés d’une particule, et parfois celles d’une onde. Les mystiques interprètent cette observation comme la preuve que la matière peut se métamorphoser et n’a pas de caractéristiques fixes. Par exemple, l’auteur Deepak Chopra prétend que les particules qu’on n’observe pas n’ont pas de propriétés physiques et que la matière n’est donc rien. 

Cependant, ce concept ne signifie pas que la lumière et la matière sont à la fois onde et particule ou qu’ils peuvent passer de l’un à l’autre spontanément. En fait, les phénomènes physiques rencontrés à l’échelle des atomes peuvent présenter parfois les caractéristiques d’une onde et parfois celles d’une particule, selon notre façon de les mesurer. On peut faire l’analogie avec un ornithorynque qui peut ressembler à un canard ou à une taupe selon la façon dont on l’observe, mais qui demeure un animal distinct. 

2) L’effet de l’observateur

Dans les premiers temps de la physique quantique, les physiciens ont été déstabilisés de constater que le simple fait d’observer une expérience pouvait en influencer le résultat, soulignaient les auteurs d’une page de vulgarisation sur le site de l’Institut de technologie de Californie (Caltech). Selon les mystiques, cela voudrait dire que c’est la présence d’un observateur qui permettrait à la matière d’exister. 

Par exemple, en 1979, l’auteur américain Gary Zukav affirmait dans son livre The Dancing Wu Li Masters, que la lumière n’a pas de propriétés indépendantes de nos observations, ce qui signifie qu’elle n’existe pas si on ne l’observe pas. Dans son livre The Field, l’autrice américaine Lynne McTaggart écrivait que « la physique [quantique] suggère que la conscience de l’observateur permet à l’objet observé d’exister ». Les adeptes de la « guérison quantique » font appel aux concepts de mesure et de dualité onde-particule pour prétendre que la « vibration holistique » de l’Univers peut s’effondrer sous l’action de la conscience humaine.

Le terme « observer » est toutefois mal choisi, car il insinue qu’une certaine forme de conscience est impliquée. Le terme « mesurer » serait plus approprié puisque c’est l’outil utilisé pour faire la mesure qui peut modifier le résultat de l’expérience par son interaction avec les particules. En effet, l’une des difficultés avec les expérimentations en physique quantique est qu’il faut étudier des systèmes microscopiques contenant seulement quelques particules avec des instruments macroscopiques qui obéissent aux lois de la physique classique, comme l’explique l’Encyclopédie Britannica dans son article sur la mécanique quantique. C’est un peu comme mesurer une fourmi avec une règle de bois d’un mètre: on risque de l’écraser.

3) Le principe d’incertitude d’Heisenberg

En physique quantique, le principe d’incertitude signifie qu’on ne peut pas mesurer avec précision à la fois la vitesse et la position d’une particule comme un électron. Certains en concluent qu’on ne peut pas avoir de connaissances certaines sur rien, rapportait en 2019 le professeur en sciences des religions Richard H. Jones.

En réalité, ce concept ne remet pas en cause notre capacité à mesurer ou connaître des choses. Il résulte plutôt du fait que les particules quantiques se comportent comme une onde, peut-on lire sur la page de Caltech consacrée à ce principe. On peut d’ailleurs observer un phénomène similaire dans le monde macroscopique. Par exemple, si on veut connaître la position d’un wagon sur une montagne russe, on peut y arriver facilement en prenant une photo instantanée lorsqu’il atteint le sommet, mais il n’est alors plus possible de mesurer sa vitesse. De la même façon, lorsqu’il amorce sa descente, il est possible de connaître sa vitesse en observant son déplacement, mais sa position sera alors moins précise

4) L’intrication quantique

Ce phénomène survient lorsqu’il existe un certain lien entre deux particules et que cela nous oblige à les considérer comme un système unique, même si elles sont très loin l’une de l’autre, explique-t-on sur le site de Caltech. Lorsqu’on connaît les propriétés de l’une, on connaît donc automatiquement celles de l’autre. Les auteurs d’un texte en 2013 sur la physique quantique et la pensée spirituelle interprétaient ce concept et celui de « non-localité » comme la preuve qu’il existe un esprit cosmique auquel la conscience humaine peut se connecter, ou que les pensées de cet esprit pourraient apparaître dans plusieurs esprits différents.

Cependant, ce n’est pas du tout ce dont parle le principe d’intrication quantique. Les particules connectées ne communiquent pas entre elles instantanément, puisqu’en physique, aucune information ne peut voyager plus vite que la lumière. Tout ce que l’intrication nous apprend, c’est qu’il existe une association entre les résultats des mesures qu’on fait de leurs propriétés, même à une très grande distance, comme l’explique la page consacrée à l'intrication de Caltech

Une incompréhension plus générale

Cependant, le problème avec ces interprétations des principes de la physique quantique est plus profond. Celles-ci ignorent le fait que cette branche de la physique ne s’applique pas au monde macroscopique —le nôtre. 

Notamment,  les effets quantiques ne s’ajoutent pas les uns aux autres, insistait Julien Bobroff dans sa vidéo. En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’un phénomène est composé de plusieurs atomes avec des propriétés quantiques que le résultat sera quantique, notait le physicien français. Une réaction chimique qui a lieu dans notre corps peut donc être quantique, mais ces propriétés ne peuvent pas être extrapolées à tout le corps.

Par exemple, les atomes ne parviennent pas à s’intriquer avec tous les autres atomes qui se trouvent à proximité. C’est pourquoi, à notre échelle, ils cessent alors d’avoir un comportement quantique. C’est ce qu’on appelle la décohérence. Dans le corps humain, la décohérence est instantanée, remarquait Bobroff.

Verdict

Les pseudosciences ont recours à la théorie quantique pour donner de la crédibilité à leurs prétentions. Toutefois, il s’agit toujours d’une mauvaise compréhension des principes de cette théorie complexe.

 

Ce texte est le deuxième d’une série sur les mythes du quantique. Lisez ici le texte complémentaire à celui-ci, sur les liens douteux qu’ont fait les milieux de la croissance personnelle et du New Age avec les concepts quantiques.

Je donne