Une toute petite prise de sang analysée avec un modèle mathématique pourrait permettre aux professionnels de la santé dans les pays en voie de développement de déterminer si un bébé est prématuré, ou s’il est né à terme et petit pour cause de malnutrition.

— Laure Tessier

Une équipe internationale basée à l’Institut de recherche de l’hôpital d’Ottawa a validé ce modèle mathématique, publié dans la revue eLife la semaine dernière.

Les femmes enceintes dans les pays en voie de développement n’ont pas toujours accès à une échographie de datation, qui permet de déterminer l’âge gestationnel. L’âge gestationnel est le stade de progression de la grossesse, exprimé en nombre de semaines. Grâce à cette découverte, les professionnels de la santé des pays en voie de développement pourraient déterminer quels sont les meilleurs soins à offrir à un bébé qui est né petit.

Ce modèle mathématique permet de savoir à quel âge gestationnel est né un bébé en analysant une goutte de sang déposée sur un papier buvard, un papier très absorbant. Le papier buvard permet d’envoyer l’échantillon de sang par la poste vers un laboratoire qui analyse l’échantillon pour déterminer la quantité de divers composés biochimiques, de certains enzymes et d’hémoglobine dans le sang du bébé. En soumettant ces résultats d’analyse dans le modèle mathématique, on obtient une estimation de l’âge gestationnel auquel est né le bébé. L’âge gestationnel ainsi obtenu a une marge d’erreur d’environ une semaine. Le modèle mathématique trouve la bonne réponse dans 94 % des cas si l’échantillon de sang est pris au talon, et dans 90 % des cas si l’échantillon est pris du cordon ombilical.

L’équipe de recherche, menée par le Dr Kumanan Wilson, a d’abord créé le modèle mathématique en 2016 en utilisant les données de Dépistage néonatal Ontario, le programme qui offre le dépistage de maladies rares chez les nouveau-nés en Ontario. Le modèle mathématique fonctionnait chez les bébés ontariens, mais il restait à savoir s’il allait fonctionner dans les pays en voie de développement. Dans ces populations, les facteurs génétiques et environnementaux sont différents de l’Ontario. Il était donc possible que ces différences affectent les taux de composés biochimiques, d’enzymes et d’hémoglobine dans le sang des bébés nés au Bangladesh, et que le modèle mathématique ne soit pas fiable dans ce pays. Les chercheurs ont donc validé le modèle mathématique auprès de plus de 1000 bébés nés au Bangladesh, et ils espèrent qu’il pourra être validé dans d’autres pays en voie de développement.

Les complications des naissances prématurées sont les causes principales de décès chez les enfants de 5 ans et moins dans le monde. La découverte de l’équipe du Dr Wilson donne espoir que cette statistique pourrait être renversée.