L’an dernier, on avait fait grand cas du rejet arbitraire de subventions de recherches sur la seule base de mots-clefs jugés indésirables par la nouvelle administration Trump. En 2026, il semble que cette pratique ait été généralisée, et une nouvelle réglementation, proposée le 29 mai, pourrait rendre obsolète le principe d’une révision faite par des experts. Du moins, quand le sujet ne correspond pas aux priorités de la Maison-Blanche.
À lire également
La révision par des experts, ou révision par les pairs, n’est pas seulement présente dans les revues scientifiques qui décident de publier —ou non— une recherche, Elle est aussi centrale à l’attribution —ou non— de subventions de recherche. Un microbiologiste, ou un oncologue, ou un physicien quantique, sont mieux à même d’évaluer une demande de subvention dans ces domaines qu’un fonctionnaire nommé par le parti politique en place, et ce principe d’indépendance est souvent présenté comme ce qui a fait la force des États-Unis à partir des années 1940: une infrastructure de recherche massivement subventionnée par le gouvernement fédéral, a permis à ce pays de devenir un chef de file en science et technologie.
Or, ce sont non seulement des pratiques que le Bureau de l’administration et du budget (OMB) de la Maison-Blanche veut modifier avec sa proposition du 29 mai, mais ces pratiques sont, officieusement, d’ores et déjà en place. Depuis l’an dernier, révèle un reportage de la revue Nature, il y a eu, à tout moment, des centaines de demandes de subventions mises en attente pendant des semaines aux National Institutes of Health (NIH, le principal organisme subventionnaire de la recherche en santé), bien qu’elles aient été approuvées par les réviseurs experts. Dans un très grand nombre de cas, elles ont été mises en attente parce qu’un algorithme a repéré un mot-clef comme « genre » ou « climatique », obligeant du coup un fonctionnaire du ministère de la Santé à les relire avant approbation. La liste comportait 235 mots en février dernier, selon des documents internes obtenus par Nature.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
Avant 2025, il n’arrivait jamais qu’une subvention soit rejetée après avoir été approuvée par les experts, notent des employés des NIH interrogés par Nature. Le fait d’avoir des collaborations avec des chercheurs de l’étranger semble aussi être un facteur qui peut conduire à une révision.
La justification de l’OMB, le 29 mai, est que les subventions de recherche auraient été utilisées jusqu’ici pour « promouvoir un ordre du jour woke ». Dans la dernière année, des sujets de recherche aussi divers que la COVID, la désinformation ou le climat, ont été décrits comme « woke », et le fait de cibler, à Washington, des mots-clefs comme « femmes », « gays » ou « trans », a condamné des recherches sur des médicaments ou sur des impacts sociaux, pour la seule raison que ces groupes démographiques se retrouvaient dans les données.
« Éliminer des recherches en toxicomanie sur la base d’ethnies ou de genres n’est pas un concept abstrait, ça pourrait avoir un effet dévastateur sur de vraies personnes qui souffrent de dépendance », commentait au début de juin, dans un reportage de CNN, l’experte en dépendances Diane Fishbein, de l’Université de Caroline du Nord.
L’OMB est dirigée par Russell Vought, un proche du président Trump, dont l’un des objectifs a toujours été de réduire considérablement, dans la fonction publique en général, le nombre de fonctionnaires de carrière, pour les remplacer par des employés nommés par le parti politique en place. Comme la proposition de l’OMB doit d’abord passer par une période de commentaires du public, avant une entrée en vigueur prévue pour le 1er octobre, des associations de scientifiques et des universités ont lancé un appel à commenter, dans l’espoir de déclencher une réaction des élus du Congrès, notait CNN.
« La proposition de baser les décisions de financement sur leur alignement avec l’ordre du jour de l’administration, c’est une menace particulièrement grave pour le financement en climatologie et en météorologie, qui protège les infrastructures, l’économie, l’agriculture, la sécurité publique », déclare la climatologue Kim Cobb.




