La filière de l’IA au Québec croît rapidement. Cela pose des défis quant à l’usage qu’on veut en faire : « Il y a actuellement une vision très technocentrique de l’IA. Les outils de calcul sont utilisés pour la performance et pour optimiser l'efficience des municipalité à la recherche de gains de temps et de ressources humaines », annonce Leandry Jieutsa, étudiant au doctorat au Centre de recherche Unesco paysage urbain de l’Université de Montréal.
Ce texte est le deuxième de 2 sur la sobriété numérique. On peut lire le premier ici.
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La ville de Saint-Lin, dans les Laurentides, fait figure de pionnière avec l’utilisation de son chatbot (AMI) tout comme Kirkland avec sa plateforme IA de fluidification du trafic automobile (NoTraffic) ou Montréal avec le projet pilote de participation citoyenne sur l’accessibilité des rues (Street Review).
Il s’agit chaque fois de résoudre un problème précis pour une ville, comme on peut le lire dans un document d’Ivado auquel M. Jieutsa a participé. Certaines villes ontariennes visent des problèmes urgents tels que la lutte à l’itinérance, avec le modèle de détection des personnes à risques, le Chronic Homeless AI (CHAI) de la ville de London ou encore la détection des nids-de-poules et crevasses sur la chaussée avec l’outil IA de la ville de Windsor (CITYROVER).
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Quant au recours à un robot conversationnel pour une municipalité, il « aide surtout la gestion des appels (signalements, plaintes, demande de permis, etc.) par une plus grande rapidité des interactions, le référencement et la retranscription des échanges. C’est un outil destiné à améliorer les communications », précise M. Juitsa. Il intervenait lors d’un récent colloque sur le numérique responsable au Québec, au congrès de l’Acfas.
Ses travaux de recherche sur l’usage de l’IA par les municipalités combinent une analyse documentaire et des entrevues avec 17 acteurs municipaux. Il s’est particulièrement intéressé à la gouvernance responsable de l’IA urbaine et à distinguer les différents outils utilisés par les municipalités et leurs risques potentiels.
« Il faut savoir que plus de 80% des centres de données sont aux États-Unis, une question de propriété des données. C’est donc une question complexe du côté de la responsabilité et la durabilité des usages de l’IA, il faut une vision, investir dans des centres locaux et en open source », ajoute le chercheur.
La ville IA, c’est donc plus que des données et des algorithmes pour résoudre des problèmes urbains, c’est aussi une stratégie IA à mettre en place – à l’image du Gigabit Infrastructure Act de 2025 de l’Union européenne– dans une optique de virage plus durable du numérique.
Pour un écosystème numérique moins gourmand
La voracité des centres de données pour l’eau et l’électricité a fait les manchettes depuis deux ans et provoque beaucoup d’oppositions des populations locales aux États-Unis.
Un des moyens de promouvoir un numérique durable et inclusif passerait par une charte en sobriété numérique, dont se sont dotées récemment HEC Montréal, Polytechnique, l’Université de Montréal et la TÉLUQ.
Ce projet commun vise l’adoption de bonnes pratiques par les étudiants, les professeurs et les employés, afin de faire « les bons choix avec les bons outils. Comme par exemple, mutualiser les outils numériques. Ou si l’on doit tout de même les acheter, privilégier ceux qui sont réparables », relève François Burra, fondateur de Decarbonade, un organisme de conseils numériques environnementaux.
Éviter les usages récréatifs des équipements numériques, se doter d’une politique d’achat responsable, mettre de l’avant les logiciels libres (open source), choisir de l’hébergement infonuagique (cloud cumputing) local, etc.
La création d’un Collectif numérique responsable et soutenable du Québec (NRS) vise à propager cette vision en misant sur l’éducation, la sensibilisation des acteurs et aussi sur la recherche: en commençant par un état des lieux des impacts environnementaux du numérique au Québec.
« Nous manquons de données, au Canada et au Québec. Il nous faut un portrait de ce qui existe, en commençant par les centres de données de la province», relève M. Burra.
Dans ce mouvement s’inscrit aussi l’élaboration d’une Carte du numérique responsable au Québec, en collaboration avec l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (Obvia). Il s’agit d’une initiative pour mettre en valeur 38 organismes locaux et entreprises œuvrant pour une transformation du numérique.
« Sans oublier l’engagement citoyen - conférences, actions, initiatives – pour faire rayonner ce grand mouvement de conscientisation », ajoute M. Burra.
Ce texte est le deuxième de 2 sur la sobriété numérique. On peut lire le premier ici.





