Après trois ans, une poursuite déposée aux États-Unis contre des chercheurs universitaires accusés d'avoir censuré les réseaux sociaux, a été rejetée par le juge.
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La poursuite était officiellement le fait de deux influenceurs, dont un antivaccin, mais avait été financée par des alliés du mouvement pro-Trump. Les chercheurs étaient accusés d’avoir censuré des messages, sur Twitter, à propos de la Covid, des mesures sanitaires, et des élections de 2020.
« Les plaignants [les deux influenceurs], a écrit le juge, « n’ont pas qualité pour poursuivre les défendants [les chercheurs] parce qu’ils ont failli à établir le lien entre les actions des défendants et toute décision par les plateformes pour censurer leur contenu. » En d’autres termes : ce n’est pas parce qu’un chercheur classe tel message dans la catégorie « faux » qu’il a un quelconque pouvoir pour l’effacer d’un réseau social.
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Ça semble évident, mais il a tout de même fallu trois années pour y arriver, pendant lesquelles ces chercheurs ont été la cible d’attaques et d’intimidation sur les réseaux sociaux, et le travail de recherche à Stanford sur la désinformation a dû être interrompu.
« Ces allégations ont fait d’énormes dommage —à nos réputations, aux subventions pour du travail dans notre domaine et, plus largement au discours sur ce que « liberté d’expression » veut dire et quel discours est protégé », a réagi le 2 juillet une des chercheuses visées, Kate Starbird.
La poursuite avait eu pour point de départ le Election Integrity Partnership de l’Université Stanford. Un projet de recherche, en 2020, dont l’objectif était de comprendre les mécanismes des fausses infos sur les élections: en effectuant un suivi des discussions en ligne, en identifiant quelles rumeurs devenaient virales, on espérait en arriver à prévoir les problèmes et ainsi, aider les agences gouvernementales, les partis politiques, ou tout groupe préoccupé par l’intégrité des élections.
Le faux scandale qu'on a appelé les « Twitter files » a fait partie de cette histoire : un « complexe industriel de la censure » aurait conduit à la disparition de « millions de messages » liés aux élections américaines de 2020. Jamais rien de tel ne s'est produit: une autre poursuite s’est rendue jusqu’en Cour suprême, qui l’a rejetée en 2024. Mais cette perception de la réalité est devenue « la réalité » pour une frange de la population. Renee Di Resta, qui faisait aussi partie de l'équipe de Stanford, a résumé cette histoire dans son livre Invisible Rulers en employant l'expression « réalité sur mesure » (bespoke reality): le flot d’informations qui nous entoure est devenu si chaotique que chacun de nous, si on n’est pas vigilant, peut se forger « sa » réalité sur mesure, avec l’aide des influenceurs qui nous disent ce qu’on veut entendre.
Qui plus est, ces épisodes devant les tribunaux ne sont pas restés des cas isolés : en 2024, plusieurs groupes se sont mis à utiliser le mot « censure » pour désigner la vérification des faits (lorsqu'elle arrive à des conclusions qui déplaisent), la recherche universitaire et jusqu'à Wikipédia. Avec l'arrivée au pouvoir de l'équipe Trump, plusieurs des coupes dans la recherche universitaire sur le climat ou la COVID ont été présentées comme une lutte à la censure. Et en décembre 2025, une directive du département d'État —le ministère des Affaires étrangères— ordonnait aux diplomates de vérifier les CV ou les profils LinkedIn des candidats à un emploi aux États-Unis, et de refuser ceux qui ont travaillé autour de la lutte à la désinformation, la modération de contenus sur les plateformes ou le « fact checking ».
La décision du juge Terry Doughty, du tribunal de Louisiane, mettra-t-elle un frein à ces dérapages? Pour l’instant, Renee Di Resta se dit prudente dans sa réaction : l’organisme conservateur qui a financé cette poursuite, America First Legal, a un énorme « trésor de guerre », et il pourrait encore faire appel. De plus, le « narratif » d’élections qui auraient soi-disant été truquées en 2020, est en ce moment important pour le mouvement pro-Trump, à l’approche des élections de novembre prochain qu’il pourrait perdre.
Écoutez aussi l’épisode du balado :
Vérification des faits ou censure?




