On répète depuis quelques années que la confiance en la science a diminué. En réalité, les données les plus récentes cachent deux surprises : un taux de confiance globalement très élevé, mais une baisse très concentrée chez certains groupes.
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Dans sa dernière édition, la revue britannique Nature consacre deux reportages et un éditorial —ou prise de position de l’éditeur— à cette question qui a des ramifications jusque dans la politique et la santé publique. L'un des reportages rappelle tout d'abord que l'une des plus grosses études sur le sujet, menée auprès de 72 000 personnes dans 68 pays, avait rapporté un taux de confiance, en moyenne, assez élevé : quelques pays comme la Russie et l’Albanie faisaient baisser la moyenne, mais en général, le taux de confiance n'avait rien d'inquiétant.
De la même façon, une enquête de l'Institut Edelman menée en 2025 dans 28 pays, concluait que dans une liste de professions, les scientifiques étaient jugés dignes de confiance par 76% des répondants, juste derrière les médecins et juste devant les enseignants.
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Mais ces chiffres et d'autres confirment aussi quelque chose que tout le monde a pu observer: le niveau de confiance est influencé par l'idéologie politique, Autant aux États-Unis qu'au Royaume-Uni, le fait de voter à droite (pour les républicains d'un côté de l'Atlantique ou les conservateurs de l'autre) a un impact. « La confiance en la science est politisée et ça s’amplifie », commente le sociologue Gordon Gauchat, de l'Université du Wisconsin. Concrètement, ça prend la forme de remises en question de sujets polarisants, comme les vaccins, et c'est encore plus fort lorsque les sources d'information utilisées sont elles-mêmes polarisantes.
Ce qui amène des élus ou des candidats aux élections à faire des déclarations qui vont dans le sens de ce que leur public veut entendre. Avec des conséquences sur la santé de leurs publics, ou de la population en général —par exemple, si le taux de vaccination diminue. Gordon Gauchat place l'émergence de cette tendance dans les années 1990, lorsque certains politiciens « ont réalisé qu'ils pouvaient mobiliser certains groupes » de cette façon. Petit à petit, ils ont donné du carburant aux mouvements populistes qui percevaient les scientifiques et les universités comme des membres d'une « élite intellectuelle » en opposition aux « citoyens ordinaires ». Et la pandémie a accéléré cette tendance.
Mais cette baisse de confiance en la science s'inscrit dans un phénomène plus large: selon le Centre de recherche Pew, aux États-Unis, la proportion de gens confiants que « les scientifiques agissent dans l'intérêt du public » a certes diminué de 87% en 2020 à 73% en 2023. Mais la confiance dans les policiers, les dirigeants d'entreprises et les élus, a diminué dans les mêmes proportions.
Or, selon la même enquête Pew, ce déclin est concentré majoritairement chez les électeurs républicains, ou ceux « qui penchent vers les républicains »: la confiance dans les scientifiques y est passée de 85% à 65%, tandis qu'elle est demeurée autour de 90% chez les démocrates.
Les scientifiques ont donc un problème « urgent » à régler, débute l'éditorial de Nature : comment regagner la confiance de ces groupes qui, non seulement ne sont pas marginaux mais qui, en plus, peuvent profiter de décideurs ou d'influenceurs qui se servent de ce bris de confiance dans les institutions en général comme justification pour attaquer la science?
« Il est important de tester des stratégies qui bâtissent la confiance et qui parlent des préoccupations spécifiques de ces gens. Par exemple, il existe un corpus significatif de recherches montrant comment répondre avec empathie à l’hésitation vaccinale. »
« Les chercheurs doivent également travailler plus fort pour se connecter à un segment plus large de la société et rejeter toute perception d’élitisme. » Une tâche qui passe par davantage de vulgarisation de la part des scientifiques, mais aussi une vulgarisation qui accorde plus de place aux incertitudes, à la participation du public et à la transparence.





