Tout d'abord, mettons les choses au clair. Si plusieurs professeurs se plaignent que les étudiants ne sont plus ce qu'ils étaient, ce n'est pas mon avis. Les cours qu'on enseigne en physique à l'Université de Montréal sont donnés au même niveau qu'il y a 20 ans et les résultats sont sensiblement les mêmes. Les étudiants réussissent donc aussi bien que dans le bon vieux temps. Par contre, les étudiants en science sont de mois en moins nombreux, alors que la population universitaire a augmenté considérablement durant cette période. Et je parle ici des sciences pures — physique, chimie, mathématiques — ainsi que d'ingénierie; les sciences de la vie ne semblent pas affectées par cette perte d'intérêt.
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Cette tendance est étrange. La société n'a jamais été aussi technologique qu'aujourd'hui et les besoins en personnel qualifié croissent chaque année. Pas seulement pour pourvoir des postes qui existent présentement, mais surtout pour créer les emplois de demain. Une petite société comme la nôtre n'a pas le choix, il nous faut être plus vite que les autres, au risque de disparaître.
On l'a vu ces dernières semaines. Les fermetures de scieries, annoncées à la chaîne, montrent bien les risques qu'il y a à ne pas investir dans le savoir. Les grandes compagnies forestières canadiennes se sont toujours contentées de faire le minimum, afin d'engranger les profits le plus rapidement possible. Malheureusement, les gouvernements successifs ont accepté de jouer le jeu, encourageant cette approche désastreuse. Le présent gouvernement poursuit dans la même veine en proposant de refiler le coût des routes et du reboisement aux contribuables québécois afin que les compagnies puissent continuer à faire des profits. Ces subventions pourront peut-être stabiliser la situation à court terme, mais elle ne fait que retarder la crise : si les produits forestiers ne sont pas transformés sur place en marchandises à haute valeur ajoutée, il ne sera pas possible de compétitionner avec le bois d'Asie du Sud-est. Or, il n'y a rien dans le nouveau plan d'aide qui force la main aux compagnies forestières.
Pire, cette situation n'est pas confinée à l'industrie forestière. On retrouve cette absence d'intérêt dans les techniques de pointe chez les papetières, les compagnies minières, mais aussi chez les fleurons de la technologie comme Bombardier, une compagnie qui vend du matériel de transport à travers le monde, mais qui n'a aucun laboratoire de recherche, se contentant d'acheter la technologie dont elle a besoin.
Pour changer cette mentalité de rentier, présente dans l'industrie des matières premières, ou de patenteux, dominante chez Bombardier, il est essentiel de former des gens qui deviendront les créateurs de demain, des créateurs éduqués, avec une solide formation scientifique. Si, collectivement, on tourne le dos aux sciences et techniques, alors on s'engage dans une voie risquée.
Il est donc nécessaire de revaloriser les carrières scientifiques dans la société afin d'attirer plus d'étudiants dans ces domaines. On ne doit pas se leurrer, les programmes de physique, de chimie, de mathématiques et de génie sont difficiles. Plus, certainement, que la plupart des baccalauréats en sciences humaines, en administration ou en sciences de la vie. Les concepts de base sont ardus et il faut apprendre à réfléchir. Mais c'est aussi le côté exaltant de ces disciplines : être constamment poussé à comprendre permet de former un esprit critique et un mode de pensée structuré.
Revaloriser les carrières scientifiques, c'est donc aussi rejeter les solutions de facilité proposées dans les médias. Je ne sais pas si on va réussir; la tendance lourde dans les pays développés est d'éviter les défis et les difficultés, et on voit partout le nombre d'étudiants en science péricliter. Pourtant, c'est l'avenir du Québec qui en dépend.




