Des chercheurs ont modifié génétiquement une plante proche du tabac pour la rendre capable de produire cinq substances psychédéliques. Une alternative qui pourrait diminuer l’impact écologique de la production de ces drogues qui gagnent en popularité.
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Les substances psychédéliques, comme la psilocybine présente dans les champignons hallucinogènes, sont devenues de plus en plus populaires dans la dernière décennie, pour leurs potentiels effets thérapeutiques. Les composés psychédéliques sont notamment étudiés dans l’espoir de s’en servir contre la dépression. L’Australie est un précurseur dans le domaine: ce pays est le premier à avoir légalisé l’usage thérapeutique de la psilocybine et de l’ecstasy, en 2023.
L’expérience de modification génétique a été menée sur une plante (Nicotiana benthamiana) souvent utilisée dans les études scientifiques, parce qu’elle pousse rapidement et est facile à modifier.
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L’équipe de chercheurs, dirigée par l’Israélien Asaph Aharoni, a réussi à modifier cette plante grâce à la technique d’agroinfiltration. Cela signifie qu’une bactérie a été utilisée pour introduire neuf gènes dans la plante. Elle a ainsi acquis la capacité de produire, au bout d’une semaine, plusieurs substances psychédéliques. On parle ici de la psilocybine et de la psilocine, deux composés propres aux champignons magiques, du DMT, de la bufoténine et du 5-MeO-DMT. Leur étude est parue le 1er avril dans la revue Science Advances.
Une application d’intelligence artificielle, AlphaFold3, a par ailleurs été utilisée pour prédire les structures 3D et les interactions des molécules, en raison de leur énorme complexité. Sans l’IA, le processus aurait pu prendre des années.
Les quantités des composés psychédéliques produites sont en revanche très faibles.
Outre cela, cette découverte est à double tranchant, nuancent les auteurs de l’étude. D’un côté, l’actuelle récolte des composés psychédéliques, qui sont souvent extraits de plantes, de champignons et même d’animaux, a un coût environnemental, comme la surexploitation et la perte d’habitat. Produire ces substances grâce à des plants dans des serres, serait donc plus simple et plus écologique.
Mais de l’autre côté, Asaph Aharoni, de l’Institut Weizmann des sciences, souligne dans le New Scientist que de rendre ces substances plus faciles à récolter, c’est aussi les rendre plus accessibles.
Les chercheurs n’ont pas directement modifié l’ADN de la plante; les effets sont donc temporaires, mais il serait en théorie possible d’altérer le végétal de façon permanente, avec des changements héréditaires. La production de graines serait donc envisageable, rendant l’accessibilité aux substances d’autant plus facile. Le sujet est « délicat », souligne Aharoni.
Rappelons que ces composés psychédéliques sont utilisés dans certaines drogues et que, bien que leur popularité soit déjà grandissante, ils peuvent parfois entraîner de l’anxiété, des crises de panique ou encore des troubles psychotiques.
- Adan Cochet





