Le matin, avant de partir, je vérifie une première fois son courriel et répondre à mes collaborateurs européens, par exemple, qui ont déjà 6 heures de travail dans le corps. À l'arrivée au bureau, généralement entre 8h30 et 9 h, je jette un coup d'oeil aux simulations que j'ai lancées la veille. Si ces simulations sont terminées, je peux en profiter pour faire un peu d'analyse. Je ramasse mon courrier, regarde les articles qui sont apparus sur internet depuis la veille et en imprime quelques-uns pour les lire avec un peu plus d'attention ou les empiler afin de les avoir sous la main lorsque je préparerai un article.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
Vers 10 h, je fais le tour des étudiants et chercheurs postdoctoraux que je supervise afin de voir où en est leur travail. Les étudiants en physique, et en science en général, travaillent en contact étroit avec leur superviseur. Il faut savoir qu'ils reçoivent systématiquement un revenu qui leur permet de se consacrer à temps plein aux travaux nécessaires à leur mémoire ou à leur thèse. Ces revenus sont décents, entre 16 000 $ et 24 000 $ par année, environ. Certains étudiants reçoivent des bourses d'excellence du gouvernement canadien ou du gouvernement québécois, les autres sont soutenus par les fonds de recherche des superviseurs. Ainsi, les étudiants en science et en génie n'ont plus à s'endetter lorsqu'ils s'inscrivent aux études supérieures; une réalité qui n'est malheureusement pas assez connue, même des étudiants aux premiers cycles.
Après une heure de tournée, je retourne à mon bureau afin de relire un manuscrit ou une demande de subvention que je dois évaluer. Tout le système académique est construit sur l'évaluation par les pairs, c'est-à-dire par les collègues. Lorsque je soumets un article à une revue scientifique, les éditeurs l'envoient d'abord à des arbitres externes — des chercheurs travaillant dans un domaine proche du mien. Ces arbitres lisent mon manuscrit et l'évaluent : est-ce que le travail semble bien fait ? est-il intéressant ? est-ce que le manuscrit est écrit clairement? est-ce d'autres analyses ou d'autres simulations sont nécessaires? Les arbitres préparent alors un rapport qui me sera remis, sous forme anonyme, par l'éditeur. Si les critiques sont fortes, l'éditeur pourra rejeter purement la soumission; si les critiques sont constructives, alors l'éditeur pourra me demander d'y répondre avant de resoumettre le travail. Si des chercheurs à travers le monde évaluent mes manuscrits et mes demandes de subventions, j'en fais autant à mon tour. En moyenne, je passe probablement une heure ou deux par semaine à évaluer le travail des autres.
À 11h30, deux fois par semaine, il y a des séminaires présentés par des chercheurs invités ou locaux. Je m'y rends donc religieusement! Les séminaires constituent probablement la meilleure façon de suivre l'évolution de mon champ de recherche et des domaines connexes. Avec l'augmentation constante du nombre d'articles publiés chaque année, il est difficile de suivre la littérature pertinente à nos recherches et presque impossible de déborder et de lire sur des sujets un peu éloignés. Les séminaires scientifiques permettent de combler cette lacune, en nous permettant, en une heure, de faire le point sur un sujet particulier.
À mon retour du séminaire, je prends 30-45 minutes pour manger en compagnie de mes collègues. Ensuite, il faut préparer les cours.Lorsque je ne suis pas en année sabbatique, j'enseigne deux cours par année; ma chaire de recherche me permet d'être dispensé d'un troisième cours. Comme les cours en physique sont très chargés d'un point de vue du contenu, il est impossible d'enseigner 3 heures d'un bloc, comme on le fait en sciences humaines. On divise généralement le cours en deux parties, une de deux heures et l'autre d'une heure. La plupart des cours ont aussi des périodes d'exercices qui permettent aux étudiants de vérifier qu'ils ont bien compris en appliquant la matière théorique.
Vers 14h30, j'ai une réunion en vidéo-conférence (c'est tout nouveau, cette façon de procéder) du comité de direction de l'Association canadienne des utilisateurs de super-ordinateurs. Ah! Que dire des réunions et des comités? Ceux-ci sont une nécessité du monde académique, car les professeurs doivent participer directement à la gestion de l'université et du monde de la recherche en général.
15h30. Cours. 1 heure, aujourd'hui. Après le cours, je discute un peu avec les étudiants. Vers 17 h, je retourne à mon bureau, réponds à mon courriel et je finis une couple de petites choses avant de partir, vers 18 h. Dans la soirée, je prendrai une heure ou deux pour lire quelques articles et travailler à la rédaction d'un article que j'écris en collaboration avec un de mes étudiants. Sinon, je rédigerai un billet pour Science, on blogue!. À moins que ce ne soit mercredi soir, évidemment. Dans ce cas, j'irai à la réunion d'ATTAC-Québec!
Ouf. Toutes les journées ne se ressemblent pas, mais elles sont chargées. La prochaine fois que vous entendrez quelqu'un ironiser sur le peu d'heures d'enseignement au niveau universitaire, vous saurez que cette donnée en cache bien d'autres...




