À la suite de l'article de mon collègue Robert Lamontage, sur le blogue
d'astronomie, j'avais, moi aussi, l'intention de vous raconter une
histoire d'eau afin de souligner la découverte de deux nouvelles phases
cristallines dans ce matériau. Mais la lecture d'un article dans la
presse a changé mes plans. Je me mettrai à l'eau la semaine prochaine.

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En effet, le journal le Monde publie aujourd'hui un article sur les nanotechnologies intitulé « Les nanotechnologies, c'est énorme » (le Monde 2,

supplément du 29 avril 2006).  En soi, le sujet n'est pas très

original; j'en ai même déjà parlé, il y a quelques semaines. Ce qui est

déroutant est de lire, comme dans trop d'articles sur le sujet, un tas

de sornettes sorties tout droit des pires livres de science-fiction. Et

je ne peux pas laisser passer cela sans commentaire.

Citons quelques phrases tirées du premier paragraphe de cet article : « [N]otre

homme marche d'un pas tranquille : des nanorobots circulant dans

son corps contrôlent le bon état de ses artères et luttent contre les

processus de vieillissement [...] [Il] monte dans une voiture qui ne

pollue plus, porte des vêtements qui se nettoient tout seuls...

Parfois, il se demande avec angoisse si les machines ont encore besoin

de lui. Cet homme-là, celui de demain (2020, 2030?) vit à l'heure des

nanotechnologies. À vrai dire, nous y sommes déjà. »

Étant d'un naturel pointilleux, je ne peux m'empêcher de signaler que

cela fait une éternité que des nanorobots circulent dans notre corps et

s'assurent du bon fonctionnement de celui-ci : qu'il s'agisse de

protéines ou de globules blancs, la vie dépend finement d'une

interaction complexe entre les diverses composantes biologiques qui

font, ensembles, ce que nous sommes...

D'un point de vue plus général, toutefois, la lecture d'un tel texte me

ramène aux élucubrations publiées pendant une trentaine d'années, entre

1960 et 1990, environ, sur les risques de l'intelligence artificielle.

On nous annonçait alors, avec un mélange d'angoisse et d'espoir,

qu'avant l'an 2000, les humains partageraient la Terre avec une armée

de robots intelligents répondants à tous nos désirs... jusqu'au moment

où ils décideraient de prendre le contrôle. Cinq ans après l'échéance,

on attend toujours le micro-ondes intelligent, capable de ne pas faire

brûler le maïs soufflé : il y a encore bien du chemin à faire avant que

les robots ne soient prêts à dominer l'homo sapiens sapiens.  

Alors qu'on y croyait encore il y a 15 ans, l'expression « intelligence

artificielle » a presque complètement disparu des médias : loin de

développer des programmes qui interagiraient naturellement avec nous,

les chercheurs peinent à mettre en place des systèmes dédiés, beaucoup

plus simples et limités, tels des logiciels de reconnaissance de la

parole. Ainsi, les renseignements téléphoniques doivent encore

embaucher des téléphonistes en chair et en os, car les meilleurs

programmes ne sont toujours pas capables de reconnaître l'énonciation

des chiffres avec un taux de succès s'approchant de celui d'un enfant

de cinq ans.

Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de progrès, bien au contraire.

Seulement, à mesure qu'avançaient leurs recherches, les scientifiques

ont découvert que l'intelligence est quelque chose de beaucoup plus

subtil qu'on ne le croyait; il ne suffit pas qu'une machine batte un

grand maître aux échecs pour qu'elle soit intelligente...

La similarité entre les annonces faites présentement sur les

nanotechnologies et celles émises, il y a déjà quelque temps, sur

l'intelligence artificielle, est plus que superficielle. Lorsqu'un

nouveau domaine est créé, on n'en connaît pas bien les difficultés ni

les limites et les prédictions sérieuses se mêlent facilement aux

fantasmes qui remontent au Frankenstein de Mary Shelley (1831) et au Dr Jekyll et Mr Hyde

de Robert Louis Stevenson (1885). À mesure que le domaine progresse, on

découvre que les percées sont moins extraordinaires qu'on l'avait

prédit, que les développements les plus spectaculaires sont bloqués par

divers problèmes techniques et que les dangers de cette technologie,

bien que parfois grands, se rapprochent des risques traditionnels. Et

la peur de l'inconnu disparaît doucement.

Heureusement, et contrairement à ce qu'annonce la journaliste Isabelle Sorente dans le Monde, les machines auront encore besoin de l'être humain en 2030...

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