On m'a reproché gentiment de donner une fausse impression de la vie académique en racontant ainsi mes voyages. Avant de commencer ce billet, il me faut donc mettre les choses au clair.  Je suis présentement en année sabbatique loin de mon point de chute, l'Université de Montréal.  Attention, année sabbatique ne veut pas dire vacances;  avant de partir, j'ai dû déposer un projet de recherche et il me faudra rendre des comptes à mon retour.  Le but d'une année sabbatique, dans le monde universitaire, n'est pas de se reposer, mais de se ressourcer, de visiter d'autres laboratoires, d'apprendre de nouvelles techniques ou d'établir de nouvelles collaborations. Libre de tout enseignement et d'administration durant un an, je peux donc participer aux conférences qui m'intéressent sans aucune contrainte.

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Dans le milieu académique, les conférences ne sont pas un luxe, mais un besoin. La connaissance ne progresse pas en isolation mais par des échanges constants entre les chercheurs. Ces échanges sont parfois violents, parfois amicaux. Toujours, toutefois, ils permettent d'éviter les pièges et de développer des concepts plus solides, plus complexes.

Cette situation n'est pas nouvelle. Les philosophes grecs recherchaient la discussion avec les autres sages de leur temps. À partir de la Renaissance, les sociétés scientifiques se sont multipliées à travers l'Europe, permettant aux savants de présenter leurs travaux et de recevoir des critiques. Il y a cent ans, il est courant pour un chercheur de haut niveau de partir plusieurs mois de suite en tournée à travers les États-Unis ou l'Europe. Aujourd'hui, les voyages sont plus rapides et les séjours, plus courts. Le but est le même, toutefois.

Grâce aux progrès technologiques, on peut s'attendre à ce qu'une partie de ces voyages se transforment en rencontres électroniques.  Déjà, grâce au logiciel iChat, je peux organiser des rencontres vidéophoniques avec mes étudiants et collaborateurs de partout dans le monde. D'ici quelques années, il sera facile de réunir ainsi une dizaine ou une quinzaine de chercheurs. Ça ne sera pas mauvais, car le trafic aérien représente une contribution importante au réchauffement planétaire.

Il est peu probable que les rencontres en chair et en os disparaissent complètement. Au-delà des présentations programmées, les meilleures conférences sont des périodes intenses durant laquelle les chercheurs vivent intensément la science du lever au coucher, ce qui est impossible à la maison avec les obligations universitaires et familiales.  

Pour le moment, je rentre à Paris afin de profiter de mes derniers mois de sabbatique, la tête remplie de projets glanés à la Barbade. Rassemblant des mathématiciens, physiciens, biochimistes et informaticiens, chacun venant avec son bagage particulier, cette rencontre, agrémentée de quelques baignades dans la mer des Caraïbes, fut une des plus productives que j'ai eues depuis quelques années.  Il me tarde de tester ces idées et d'avancer dans notre compréhension de la dynamique des protéines.  Vive les voyages et la multidisciplinarité!

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