La révolution industrielle du XIXe siècle, à l'origine du monde technologique actuel, s'est effectuée grâce au développement de méthodes permettant de transformer des sources d'énergie considérables en travail utile. Jusqu'alors on avait su transformer, de manière assez rustique, le travail en travail. Ainsi, on savait utiliser le débit d'une rivière ou la force du vent afin de faire tourner un moulin ou activer un soufflet. On restait alors fortement dépendant de l'environnement, contraignant la taille et la complexité des dispositifs. La révolution commença avec le Français Denis Papin, qui inventa la machine à vapeur vers 1690, et se poursuivit durant plus de 150 ans. Grâce à ces engins, il était maintenant possible de transformer de l'énergie emmagasinée dans du bois ou du charbon en un travail utile, par l'intermédiaire de cet appareil. Plus besoin d'être près d'une rivière ou d'attendre le vent!  Malgré tout, les machines à vapeur sont lourdes et encombrantes. Deux améliorations permirent de continuer la révolution après 1850 : le moteur à explosion et l'électricité. La première invention permit d'utiliser de manière plus efficace l'énergie; plus besoin de faire chauffer de l'eau, il suffisait d'utiliser directement la charge explosive de l'essence. La deuxième permit de séparer physiquement la génération et l'utilisation du travail utilisant ce formidable intermédiaire qu'est l'électricité.

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Trois cent après les débuts de la révolution industrielle, le monde moderne repose plus que jamais sur la transformation massive d'énergie en travail. Or, les sources d'énergie disponibles sont finies. Est-il temps de préparer la prochaine révolution? Que sera-t-elle? Et quel rôle jouera la science dans la préparation de celle-ci? Ces questions peuvent sembler d'intérêt philosophique. Pourtant, la plupart d'entre nous seront confrontés à celles-ci beaucoup plus vite qu'on ne le croit généralement.

C'est la lecture du livre « La face cachée du pétrole » du journaliste Éric Laurent, recommandée par un ami, qui motive ce billet plutôt noir. Je l'avais écrit hier,  samedi 1er avril, mais j'ai décidé d'attendre du 2 pour le publier, afin d'éviter qu'il ne soit mépris pour un poisson d'avril... Car la réalité, selon l'Association pour l'étude du pic de production du pétrole et du gaz (Association for the study of peak oil and gas, ASPO), a vraiment l'air d'un poisson d'avril, un gag qui risque de ne pas nous faire rire.

En 2005, le monde a consommé près de 30 milliards de barils de pétrole, sans compter les autres sources d'énergie fossiles, nucléaires ou renouvelables. Avec la croissance phénoménale de la Chine et de l'Inde, représentant 2,5 milliards d'individus, cette consommation ne cessera de croître au cours des prochaines années.  Or, on n'a pas découvert de grande réserve de pétrole depuis près d'une vingtaine d'années. En 2004, d'après Éric Laurent, c'est un total de 4 milliards de barils de pétrole qu'on a trouvé, une quantité nettement insuffisante pour compenser la consommation de cette année. On gruge donc, rapidement, les réserves découvertes faites dans les années 1960 et 1970.

Selon le Département de l'énergie du gouvernement américain, les réserves mondiales de pétrole s'élevaient, en janvier 2004, à 1091 milliards de barils de pétrole, correspondant donc, au niveau actuel de consommation, à 36 ans de réserves. Malheureusement, les besoins augmentent rapidement et, comme l'explique Éric Laurent, ces réserves sont nettement surévaluées pour toutes sortes de raisons techniques (une bonne partie de ce pétrole ne peut être pompé) et politiques (plus les réserves d'un pays sont grandes, plus il est important à l'international).  En tenant en compte la surévaluation des réserves et l'augmentation constante de la consommation, on découvre avec stupeur qu'on aura épuisé le pétrole d'ici 15 ans environ.

15 ans!

À la fin du livre, je suis quand même allé vérifier ces chiffres en consultant les chiffres provenant de diverses autorités; ils concordent tous (même s'ils divergent dans leurs analysent de ceux-ci). Et pourtant,  aucun gouvernement ne soulève ce problème. Comme l'orchestre du Titanic, continuant à jouer alors que le navire sombrait dans les eaux glaciales de l'Atlantique.  Car, bien que d'autres sources d'énergie soient possibles, on pense à l'énergie nucléaire et aux énergies renouvelables, aucune n'est en mesure de remplacer le pétrole à pied levé. Comme je l'ai écrit dans un billet précédent, le nucléaire est présentement la seule solution permettant de remplacer la puissance produite par le pétrole, malheureusement cette voie soulève plusieurs inconvénients qui n'ont pas encore été résolus. De plus, avec la technologie actuelle, les réserves d'uranium connues s'épuiseront en moins d'une cinquantaine d'années.  Pour les plus jeunes lecteurs de ce billet, cela veut donc dire qu'il y a de bonnes chances pour que vous viviez deux grandes crises énergétiques. Voilà qui n'a pas de quoi nous rassurer.

Quoiqu'on fasse, l'énergie ne se trouve qu'en quantité limitée sur notre planète et la science ne pourra pas en faire apparaître par magie. Afin de diminuer l'impact de l'épuisement des ressources, il est absolument essentiel que les politiciens mettent en place des programmes d'économie d'énergie, planifient un changement de mode de vie et investissent dans la recherche.

Ce billet peut sembler pessimiste. Je pense toutefois qu'il y a moyen de bien vivre tout en diminuant considérablement nos dépenses énergétiques. Comme souvent, la solution apparaîtra comme un mélange de science et de changements d'habitudes. La civilisation ne disparaîtra pas, mais sans préparation, le choc sera brutal, particulièrement pour les plus faibles.  C'est à nous tous d'y voir.

Association for the study of Peak Oil and Gaz

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