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Moins de deux mois d’exposition à l’algorithme de Twitter, aujourd’hui X, suffisent à faire pencher les opinions politiques d’un usager vers la droite. Et s’il revient ensuite vers un fil purement chronologique, son changement d'attitudes n’est pas inversé.

On a beau avoir démontré que le contenu de X s’était radicalisé depuis 2022 —soit depuis son acquisition par Elon Musk— on avait rarement eu des données qui démontraient une influence aussi forte sur les esprits. Dans une étude d’observations portant sur sept semaines de 2023, des chercheurs de trois institutions européennes ont séparé près de 5000 usagers de X en deux groupes: d’un côté, ceux qui utilisent le fil par défaut « For You », qui est mené par un algorithme sélectionnant les messages en fonction de ce qu’il détecte des préférences de l’usager; d’autre part, ceux qui utilisent un fil chronologique, qui ne leur montre que les messages des comptes auxquels ils se sont abonnés, en ordre chronologique. 

L’étude est parue le 18 février ans la revue Nature.

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Ceux qui, au début de l’expérience, sont passés du fil chronologique au fil géré par l’algorithme, étaient, à la fin de l’expérience, plus susceptibles qu’avant de choisir comme prioritaires des politiques favorisées par le parti républicain, comme l’inflation ou l’immigration, et plus susceptibles de juger inacceptable l’enquête criminelle alors en cours contre Donald Trump. Ils étaient également plus susceptibles d’adopter une position pro-Russie dans la guerre en Ukraine.

Sans surprise, les chercheurs ont constaté que le fil algorithmique augmentait le pourcentage de messages émanant de militants de droite (de 20%). Et il diminuait de 57% la visibilité des messages produits par des médias d'information.

Il faut se rappeler que tout n’a pas commencé avec Elon Musk. Dès 2022, une étude avait conclu que l’algorithme de ce qui s’appelait encore Twitter amplifiait davantage le contenu de la droite politique que de la gauche, dans six des sept pays étudiés. 

Mais l’implication la plus troublante de la nouvelle étude est que cet effet persiste, même après que l’usager soit revenu à un fil chronologique. C’est une leçon sur l’influence peut-être sous-estimée des algorithmes sur les débats politiques et sur les élections, mais c’en est aussi une, écrivent les chercheurs, pour leurs collègues : ceux-ci ont souvent négligé de faire des suivis des changements d’attitudes après la période couverte par une analyse. « Un plus long temps de traitement aiderait à tester la persistance des effets identifiés. » De plus, de futures études devront « explorer les effets de l’activation et de la désactivation de l’algorithme à travers différentes plateformes et différents pays ».

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