Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
En effet, le journal le Monde publie aujourd'hui un article sur les nanotechnologies intitulé « Les nanotechnologies, c'est énorme » (le Monde 2,
supplément du 29 avril 2006). En soi, le sujet n'est pas très
original; j'en ai même déjà parlé, il y a quelques semaines. Ce qui est
déroutant est de lire, comme dans trop d'articles sur le sujet, un tas
de sornettes sorties tout droit des pires livres de science-fiction. Et
je ne peux pas laisser passer cela sans commentaire.
Citons quelques phrases tirées du premier paragraphe de cet article : « [N]otre
homme marche d'un pas tranquille : des nanorobots circulant dans
son corps contrôlent le bon état de ses artères et luttent contre les
processus de vieillissement [...] [Il] monte dans une voiture qui ne
pollue plus, porte des vêtements qui se nettoient tout seuls...
Parfois, il se demande avec angoisse si les machines ont encore besoin
de lui. Cet homme-là, celui de demain (2020, 2030?) vit à l'heure des
nanotechnologies. À vrai dire, nous y sommes déjà. »
Étant d'un naturel pointilleux, je ne peux m'empêcher de signaler que
cela fait une éternité que des nanorobots circulent dans notre corps et
s'assurent du bon fonctionnement de celui-ci : qu'il s'agisse de
protéines ou de globules blancs, la vie dépend finement d'une
interaction complexe entre les diverses composantes biologiques qui
font, ensembles, ce que nous sommes...
D'un point de vue plus général, toutefois, la lecture d'un tel texte me
ramène aux élucubrations publiées pendant une trentaine d'années, entre
1960 et 1990, environ, sur les risques de l'intelligence artificielle.
On nous annonçait alors, avec un mélange d'angoisse et d'espoir,
qu'avant l'an 2000, les humains partageraient la Terre avec une armée
de robots intelligents répondants à tous nos désirs... jusqu'au moment
où ils décideraient de prendre le contrôle. Cinq ans après l'échéance,
on attend toujours le micro-ondes intelligent, capable de ne pas faire
brûler le maïs soufflé : il y a encore bien du chemin à faire avant que
les robots ne soient prêts à dominer l'homo sapiens sapiens.
Alors qu'on y croyait encore il y a 15 ans, l'expression « intelligence
artificielle » a presque complètement disparu des médias : loin de
développer des programmes qui interagiraient naturellement avec nous,
les chercheurs peinent à mettre en place des systèmes dédiés, beaucoup
plus simples et limités, tels des logiciels de reconnaissance de la
parole. Ainsi, les renseignements téléphoniques doivent encore
embaucher des téléphonistes en chair et en os, car les meilleurs
programmes ne sont toujours pas capables de reconnaître l'énonciation
des chiffres avec un taux de succès s'approchant de celui d'un enfant
de cinq ans.
Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de progrès, bien au contraire.
Seulement, à mesure qu'avançaient leurs recherches, les scientifiques
ont découvert que l'intelligence est quelque chose de beaucoup plus
subtil qu'on ne le croyait; il ne suffit pas qu'une machine batte un
grand maître aux échecs pour qu'elle soit intelligente...
La similarité entre les annonces faites présentement sur les
nanotechnologies et celles émises, il y a déjà quelque temps, sur
l'intelligence artificielle, est plus que superficielle. Lorsqu'un
nouveau domaine est créé, on n'en connaît pas bien les difficultés ni
les limites et les prédictions sérieuses se mêlent facilement aux
fantasmes qui remontent au Frankenstein de Mary Shelley (1831) et au Dr Jekyll et Mr Hyde
de Robert Louis Stevenson (1885). À mesure que le domaine progresse, on
découvre que les percées sont moins extraordinaires qu'on l'avait
prédit, que les développements les plus spectaculaires sont bloqués par
divers problèmes techniques et que les dangers de cette technologie,
bien que parfois grands, se rapprochent des risques traditionnels. Et
la peur de l'inconnu disparaît doucement.
Heureusement, et contrairement à ce qu'annonce la journaliste Isabelle Sorente dans le Monde, les machines auront encore besoin de l'être humain en 2030...




