La dernière tuile qui tombe sur la tête de CRISPR fait plus mal que les précédentes : non seulement cette technologie peut-elle endommager les gènes qu’elle tente de réparer, mais les dommages pourraient apparemment être plus lourds que prévu.

À la base, qu’il y ait des dommages n’est pas une surprise : tout acte consistant à découper une partie d’un gène pour en insérer une autre partie provoque une activité frénétique à l’intérieur de la cellule dans une tentative de refermer la « coupure ». Or, la recherche publiée lundi dans Nature Biotechnology laisse croire que cette activité pourrait être encore plus frénétique qu’anticipé, au point de menacer la santé du patient. À tout le moins, ces efforts de nos armées cellulaires pourraient compliquer l’interprétation des résultats des expériences menées jusqu’ici avec CRISPR. 

Les dommages dont on parle consistent en des milliers de paires de bases effacées à proximité de l’endroit où le « ciseau génétique » qu’est CRISPR a effectué son travail. Autant de « disparitions » se traduisent inévitablement par des mutations : un gène s’en trouve réduit au silence ou, à l’inverse, un gène se trouve activé là où il ne devrait pas l’être.

Cette étude arrive sur les talons de deux autres qui, en juin, avaient suggéré que les cellules dont les gènes ont été altérés avec succès par CRISPR, auraient le potentiel de répandre des cellules cancéreuses chez le patient. Bien que les chercheurs soulignent à grands traits qu’on ne parle que de « potentiel » et qu’il existe des voies de contournement, « le chaos » que déclenche CRISPR dans l’ADN « a été grandement sous-estimé », résume dans StatNews le généticien Allan Bradley, auteur principal de la nouvelle étude. Quels que soient les bémols qui seront apportés à ces résultats — ils ne concernent que trois gènes, uniquement chez des cellules souches de souris —, ils risquent d’être un sérieux frein aux espoirs de voir les premiers essais cliniques dès la prochaine année.