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Discutez avec nos experts! - Madeleine Chagnon, entomologiste et chercheure en apiculture

Actualités, le 30 novembre 2010, 15h46

Qualifié d'hécatombe, le déclin des colonies d'abeilles touche plusieurs régions de la planète dont le Québec... Vous avez une semaine pour en discuter avec notre experte, Madeleine Chagnon!

Discutez avec nos experts! - Madeleine Chagnon, entomologiste et chercheure en apiculture
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Discutez avec nos experts! - Madeleine Chagnon, entomologiste et chercheure en apiculture Discutez avec nos experts! - Madeleine Chagnon, entomologiste et chercheure en apiculture

Ce billet s'inscrit dans le cadre d'un événement présenté la semaine dernière au Coeur des Sciences de l'UQÀM: ÉcoCiné - La Reine malade.

La Reine malade est un film documentaire qui suit le combat d'Anicet Desrochers, un apiculteur des Hautes-Laurentides, qui conjugue connaissances ancestrales et techniques génétiques pour sauver ses reines abeilles victimes de l'industrialisation des terroirs. Un documentaire percutant qui nous oblige à réfléchir, au-delà des causes de cette hécatombe, à ses graves répercussions sur la production alimentaire.

Ce film a remporté le Prix ÉcoCaméra 2010 des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

La projection a été suivie d'un échange avec Pascal Sanchez, réalisateur Anicet Desrochers, apiculteur et Madeleine Chagnon, biologiste.

C'est cette dernière qui est notre invitée cette semaine. Détentrice d'un doctorat en Sciences de l’environnement, elle est professeure associées à l’UQAM, où elle enseigne en écologie et en environnement agro-alimentaire. Chercheure au Centre de recherche en sciences animales de Deschambault depuis 1999, cette dernière a mené plusieurs projets de recherche en pollinisation et sur la problématique des empoisonnements d’abeilles par les pesticides agricoles. Elle est membre du comité apicole du CRAAQ et du Canadian Pollinator Initiative (CANPOLIN).

- Ici, une entrevue avec Pascal Sanchez: Drame à la ruche.

Vous avec assisté à la conférence et vous voulez en savoir plus? Vous n'avez pas assisté à la conférence et vous avez des questions? Des commentaires? Des interrogations sur notre sujet? Vous êtes au bon endroit: Madeleine Chagnon répondra à vos interventions, jusqu'au 7 décembre.

18 commentaires

Portrait de La Reine Malade - Le film

Bonjour Madeleine,

Que pensez vous de ce reportage qui a été présenté è Découverte récemment. L'effondrement des abeilles serait causé par la conjonction de Nosema Ceranae et le Virus IIV. La solution un fongicide.....
http://www.radio-canada.ca/emissions/decouverte/2010-2011/Reportage.asp?idDoc=125959&autoPlay=http%3A%2F%2Fwww.radio-canada.ca%2FMedianet%2F2010%2FCBFT%2FDecouverte201011281830_2.asx

Portrait de Madeleine Chagnon

Bonjour
Comme il a été répété souvent, plusieurs hypothèses sont étudiées pour tenter d'expilquer les pertes massives d'abeilles. On analyse des abeilles mortes ou malades et on trouve la présence de différentes maladies et/ou parasites. Une conjoncture de deux pathogènes pourrait effectivement être très néfaste pour n’importe laquelle forme de vie, autant chez une plante, chez un animal invertébré comme l’abeille ou chez l’humain. Nous sommes constamment en contact dans une multitude de pathogènes. Notre corps a appris à se défendre contre ces agressions pathologiques. Pourquoi arrive-t-il à un moment dans l’histoire, que cette défense ne soit plus faisable ? Sans doute à cause de facteurs environnementaux. Cette combinaison de circonstances néfaste ne semble pas encore connue de façon définitive. Quand quelqu’un arrivera à freiner ce déclin, on saura que la solution a vraiment été trouvée. Entre temps, tous les types de recherche doivent être encouragés. Toutefois, il faut se souvenir que chez l’humain, pour guérir des maladies, on tente souvent de résoudre le problème en développant des médicaments, plutôt qu'en se concentrant à trouver des mesures pour éviter les circonstances qui causent leur développement. Espérons que pour les abeilles, on ne tombera pas dans le même piège

Portrait de La Reine Malade - Le film

Nous sommes effectivement en train de monter une tournée québécoise du film avec des projections-débats en collaboration avec Équiterre. Les discussions d'après film depuis la première au RIDM nous montrent qu'il y a un réel besoin d'en savoir plus. La tournée débutera le 10 février à Mont-Laurier (le film a été tourné en majorité dans les Hautes-Laurentides) avec une présence en salle au cinéma local. Nos destinations sont en plus de Mont-Laurier; Rimouski, Sherbrooke, Trois Rivières, Matane, Rivière du Loup et aussi Québec. D'autres villes vont se rajouter. Le tout en train de se bâtir. (Il y a aussi Bueno Aires en Argentine.)
Le film prend son envol...
Surveillez aussi la Page Facebook de la Reine Malade.

Portrait de Madeleine Chagnon

Anicet
J’ai aimé ce portrait de votre famille et de sa relation avec l’apiculture. J’ai bien écouté chaque seconde de ce film et ce qui m’attriste le plus, c’est que ce qui me reste dans la tête après son visionnement, c’est que la reine malade, la reine manquante, c’est la merveilleuse mère qui est absente dans votre portrait de famille. Elle aurait du être avec vous pour dorloter cet enfant omniprésent dans vos scènes familiales. Pourquoi n’est-elle pas là ? Quelle mal a causé sa disparition ? Si nos abeilles sont malades, nos êtres chers seront-ils les prochains à partir ? Nos abeilles sont-elles vraiment des bio indicatrices des impacts de l’environnement malsains que nous sommes entrain de construire autour de nous ? La reine malade ne parle pas seulement d’abeilles, elle parle de tous les êtres vivant et nous appelle à être conscient de notre environnement. J’aurais tellement aimé aime voir ‘votre reine ‘ dans ce film. Son absence me trouble encore.

Portrait de La Reine Malade - Le film

Merci pour ce commentaire très sensible. J'ai effectivement voulu donner à la mère d'Anicet une présence qui traverse le film. Sans insister. Pour lui rendre hommage, et aussi montrer l'importance de cette figure maintenant absente.

Portrait de nadia

Je comprends que votre expertise touche plus particulièrement l'impact des pesticides sur les abeilles. On parle cependant de 'l'industrialisation du terroir' dans le billet ci-haut pour expliquer aussi leur déclin. Auriez-vous quelques exemples concrets?

Portrait de Madeleine Chagnon

Les experts du monde entier s’entendent pour dire que la perte des abeilles est causée par une combinaison de facteurs. L’industrialisation de l’agriculture en est probablement une. Les grandes superficies de monoculture causent une perte de diversité florale et donc une perte de diversité au niveau protéinique pour les colonies d’abeilles. Une alimentation mal équilibrée est toujours néfaste pour la santé et peu causer des carences et des déficiences qui viennent abaisser les systèmes de défenses des abeilles. Elles devient alors impuissantes devant les autres facteurs ( pesticides, maladies, parasites) susceptibles de les agresser.

Portrait de La Reine Malade - Le film

Bonjour Madeleine

D'abord merci pour votre présence sur ce blogue. Je voudrais savoir si il existe actuellement un recensement plus ou moins sytématique de l'utilisation des nouveaux types de pesticides dans notre agriculture. Est-ce qu'il existe une ressourvce que le grand public pourrait consulter? Quelle est la présence des "anciens" pesticides? Sont-ils largement utilisés encore?
Merci

Portrait de La Reine Malade - Le film

Nous sommes effectivement en train de monter une tournée québécoise du film avec des projections-débats en collaboration avec Équiterre. Les discussions d'après film depuis la première au RIDM nous montrent qu'il y a un réel besoin d'en savoir plus. La tournée débutera le 10 février à Mont-Laurier (le film a été tourné en majorité dans les Hautes-Laurentides) avec une présence en salle au cinéma local. Nos destinations sont en plus de Mont-Laurier; Rimouski, Sherbrooke, Trois Rivières, Matane, Rivière du Loup et aussi Québec. D'autres villes vont se rajouter. Le tout en train de se bâtir. (Il y a aussi Bueno Aires en Argentine.)
Le film prend son envol... (Surveillez aussi la Page Facebook de la Reine Malade._)

Portrait de nadia

J'ai malheureusement manqué le visionnement de votre film plus tôt cette semaine. Avez-vous prévu une tournée?

Portrait de Madeleine Chagnon

Il faudra demander cela à Pascal Sanchez, le réalisateur du film. Moi je ne sais pas. Je crois qu'il y a un autre visionnement à Montréal plus tard en décembre. Le 14 peut-être ?

Portrait de Isabelle Burgun

Pour assister à une prochaine projection du documentaire, voilà ce que j'ai sur le site d'équiterre (à surveiller) :
Tournée québécoise de projection en 2011, dates à venir : http://www.equiterre.org/actualite/la-reine-malade

Portrait de Madeleine Chagnon

Bonjour

Les ‘’anciens pesticides’’, comme tu dis sont encore très utilisés. Il est possible de trouver beaucoup d’informations sur les pesticides au Québec sur ce site http://www.mddep.gouv.qc.ca/pesticides/bilan/index.htm mais aussi en consultant des recommandations d'épandage sur agriréseau: http://www.agrireseau.qc.ca

Les pesticides que l’on applique par épandage sont plus facile a contrôler car on décide quand, où et combien de pesticides on applique. Le problème avec les néonicotinoides en enrobage de semences c’est qu’ils sont appliqués directement sur la graine qui est semée et le produit toxique pénètre la plante durant la croissance et ce, jusqu’à la floraison. On n’a aucun pouvoir sur son application et leur présence dans l’environnement est souvent inutile.

On peu choisir de ne pas appliquer un insecticide traditionnel au moment de la floraison pour protéger les abeilles, mais quand l’insecticide est déjà dans la plante, on ne peut rien faire. Même en petites doses, ces produits peuvent s’avérer nocifs et entrainer des impacts sous létaux sur la santé des abeilles. On note aussi des problèmes lors des semis car une poussière de pesticide issue de l'enrobage peu se retrouver dans l'air et contaminer les belles plantes mellifères dans les bordures.

Les abeilles volent souvent plus loin que l'on pense et il est difficile de s'assurer qu'elles n'ont été se mettre dans le trouble en butinant une culture traitée ou des fleurs contaminées, à quelques kilomètres d'un rucher.

Portrait de Actualités

Bonjour madame Chagnon, et merci pour votre présence ici!

Si vous commenciez par nous expliquer plus en détails vos recherches actuelles?

Portrait de Madeleine Chagnon

Bonjour

Je travaille avec les abeilles depuis plus de 25 ans maintenant. J'ai fait ma maîtrise sur la pollinisation de la fraise et par la suite, après mon doctorat, j'ai dirigé plusieurs étudiants gradués sur divers projets de recherche en apiculture avec Domingos de Oliveira de lUQAM et maintenant avec Valérie Fournier de l'Université Laval. Plusieurs projets sur lesquels j’ai travaillé portaient sur les impacts des pesticides agricoles sur la santé des colonies d’abeilles. Il faut comprendre que puisque les ruches sont transportées dans les cultures pour la pollinisation, les abeilles sont exposées aux produits qui servent à la phytoprotection de ces mêmes cultures ou encore des cultures avoisinantes. L'empoisonnement des abeilles par les pesticides agricoles est un problème qui existe, et qui continuera d’exister, tant que les abeilles et l’agriculture, telle qu’elle est pratiquée actuellement, se côtoieront. Présentement, je travaille sur un projet de recherche sur les impacts des néonicotinoides (enrobage de semences) sur les abeilles. C’est un projet que je fais à l’UQAM avec la précieuse collaboration de Monique Boily, écotxicologiste et professeure associées à l’UQAM. Nous tentons de reconnaitre les effets sous létaux des cette nouvelle famille de pesticides par l’identification de biomarqueurs qui pourraient expliquer les impacts de ces produits sur la santé des abeilles (mémoire, orientation, régulation de température..).

Portrait de nguimond

Bonjour madame Chagnon! Mais d'où vient votre intérêt pour les abeilles et l'apiculture?

Portrait de Madeleine Chagnon

Les hasards de la vie et le destin prennent souvent des formes bizarres. Après mon Baccalauréat en biologie, j’ai fait du bénévolat dans une COOP d’aliments naturels et l’apiculteur qui nous fournissait notre miel avait oublié un objet à la boutique lors de sa livraison. Je l’ai appelé pour lui dire et j’ai appris qu’il travaillait au MAPAQ. Comme je cherchais du travail, je lui ai demandé s’il connaissait des ouvertures pour biologistes. Il m’a dit non, bien sur, mais il m’a mise au courant que Domingos deOliveira, de l’UQAM, cherchait des gens pour un travail d’été sur le terrain, concernant les abeilles. J’ai alors lu tout ce qui me tombait sur la main sur l’apiculture et je me suis présentée à lui, pour avoir le travail finalement. Une fois en contact avec les colonies d’abeilles, ce fut le coup de foudre total et j’ai su que je ne voulais plus jamais quitter le monde de ces petites demoiselles. Je me suis inscrite pour une maîtrise pour le mois de septembre suivant et (pour faire une histoire courte) je suis toujours dans ce domaine. J’odore la présence des abeilles autour de moi, le doux son de leur bourdonnement et l’odeur du miel. J’odore les regarder, une à une, pour voir ce qu’elles font. Malheureusement, j’assiste trop souvent à des scènes d’hécatombe devant les ruches. On se sent impuissant devant de telles circonstances. Je ne suis pas apicultrice (je n’ai pas mes propres ruches), mais je travaille en apiculture, d’une autre façon, par la recherche et par la diffusion d’information qui, je l’espère, pourra aider à procurer un environnement meilleure pour les abeilles, mais aussi pour les apiculteurs, ces merveilleuse personnes qui gagnent leur vie auprès de ces insectes.

Portrait de nadia

Quelle belle histoire ! Un parcours aucunement linéaire mais combien passionnant ! Merci !
Pour la petite histoire, j'ai moi-même suivi un cours de M. de Oliveira. J'en ai gardé un souvenir tout aussi captivant !